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Après la tribune publiée par Jean-Luc Hees dans Le Monde le 1er avril dernier, le SNJ-CGT Radio France a adressé une lettre ouverte au PDG de Radio France. "Il m'arrive dans la vie de présenter des excuses lorsque j'estime nécessaire de le faire", avait expliqué Jean-Luc Hees. "Ne vous excusez plus en notre nom", a rétorqué le SNJ-CGT Radio France. RadioActu publie cette lettre ouverte dans son intégralité.
Monsieur le Président,
Non, Radio France n'avait pas à s'excuser pour une chronique qui n'avait rien de scandaleux. Nous en avons assez de cette polémique qui n'a pas lieu d'être pour laquelle vous avez cru bon d'intervenir en tant que pdg de Radio France, donc au nom de tous les salariés de l'entreprise.
Ce ne sont pas les salariés qui ont choisi de mettre Stéphane Guillon à l'antenne. Nous considérons toutefois qu'il réalise sa chronique avec un talent qui lui assure, ainsi qu'à France Inter, un succès incontestable. C'est pourquoi nous ne comprenons pas les vives critiques que vous lui avez adressé publiquement et encore moins les excuses également publiques que vous avez faites à Monsieur Besson. Vous avez de surcroit publié la semaine passée une tribune dans le journal "Le Monde" qui revient sur cette affaire en des termes inacceptables.
La question n'est pas de savoir si la chronique incriminée était drôle ou pas, si on peu rire ou pas du physique des gens. Inutile de vous rappeler ici les innombrables exemples de caricatures bien plus féroces encore pour le physique de personnalités diverses qui ont fait la renommée du genre tout au long de l'histoire de la presse et des médias. Personne n'est obligé de rire, pas même vous, Monsieur le Président. Personne n'est obligé de lire ou d'écouter. Ce débat là peut se poursuivre à l'infini car il dépend des valeurs et du seuil de tolérance de chacun.
La seule limite indispensable et acceptable à nos yeux, parce qu'elle vaut pour tous, est celle de la loi. En l'occurrence, la seule question est donc de savoir si la chronique de Stéphane Guillon était raciste ou pas. Monsieur Besson l'a affirmé sans ambages et dans votre tribune, sans être aussi explicite, vous lui emboitez le pas avec emphase et des inexactitudes (Stéphane Guillon n'a jamais parlé de "doigts crochus"...) Ces amalgames sont injustifiables, car contrairement aux propos d'Eric Zemmour auxquels elle a été injustement comparée, cette chronique n'avait rien de raciste.
Le Snj-Cgt dénonce et dénoncera toujours avec force tout propos raciste sur les antennes de Radio France. Si de tels propos avaient été tenus cette fois-ci, nous demanderions des sanctions de la plus grande sévérité et nous trouverions votre réaction bien en deçà de ce qu'elle devrait être. De même, si de tels propos avaient été tenus cette fois-ci, Monsieur Besson, qui est loin d'être l'agneau sans défense qu'il prétend être face à la caricature, aurait pu et dû porter l'affaire devant la Justice. Il ne l'a pas fait. Tout simplement parce qu'il ne s'agit pas de racisme. Le physique du ministre a été moqué non pas en raison de ses origines ou de son appartenance à tel ou tel groupe. Cela aurait été raciste. Il a été moqué en raison de son parcours et de ses actions politiques, toutes choses sur lesquelles ce dernier a entière responsabilité et libre arbitre. Un homme ne choisit pas ses origines. Un homme politique, par contre, a le choix des actions qu'il mène. Nous maintenons qu'en cherchant à interdire de se moquer de ces choix, même par des attaques sur le physique, vous portez atteinte à la liberté de caricature, de satyre et d'expression.
Le plus préoccupant à nos yeux, Monsieur le président, c'est que vous ne semblez pas mesurer le paradoxe qu'il y a à invoquer dans votre tribune les "heures sombres" de notre histoire pour critiquer une chronique qui moquait un ministre de "l'identité nationale" dont la politique consiste, entre autres choses, à faire expulser par la police française des milliers de travailleurs immigrés. Pour nous, ce ne sont pas les chroniques de Stéphane Guillon mais plutôt cette politique qui rappelle des "heures sombres", menace le "pacte républicain" et mériterait des excuses à ceux dont les droits sont bafoués.
Personne ne vous empêchera de faire à titre privé des excuses à qui bon vous semble si cela vous soulage. Mais ne vous excusez plus en notre nom.
Le Snj-Cgt Radio France.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© RadioActu SAS · 2010 · Reproduction interdite sans autorisation
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Thibault Leroi pour RadioActu
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07-04-2010 21:31:52 par 1968
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08-04-2010 15:40:40 par Vrouuuummm
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