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17/01/2011

Tunisie - Un animateur témoigne du rôle important de la radio (audio)

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Exclusif RadioActu - 3 jours après la fuite de l'ex président Ben Ali, qui a marqué la fin d'un régime autoritaire en Tunisie, Zizou, médecin de profession et animateur sur Express FM, une radio privée tunisienne, témoigne pour RadioActu du rôle qu'ont joué les médias, et en particulier la radio et les réseaux sociaux, dans la révolution que vit actuellement la Tunisie. Cette radio était jusqu'ici contrôlée par des proches de Ben Ali. Dans la nuit de dimanche à lundi, Zizou a assuré 16 heures d'antenne en direct, alors que le couvre-feu avait été instauré dans le pays. Il explique le rôle important que joue la radio pour rassurer et informer les populations, mais également pour renseigner l'armée. Il a également regretté l'absence de contact avec les radios françaises depuis le début des événements. Entretien à lire et à écouter sur RadioActu.

ZizouRadioActu : Quel a été le rôle des médias et de la radio en particulier sur la révolution que la Tunisie est en train de vivre ?
Zizou : On ne sait pas vraiment ce qu'il s'est passé. Il ya eu des hommes armés qui ont tiré des coups de feu dans les grandes villes, surtout à Tunis. L'armée était à la poursuite de ces bandes armées que l'on dit faisant partie peut être du système du Ministère de l'Intérieur. On ne sait pas si c'est la garde présidentielle ou une autre force police. Des comités de quartiers se sont organisés pour veiller sur leurs propriétés et sur les immeubles. Et les radios, qu'elles soient à vocation économique ou autre, on joué le rôle de radios de quartier en signalant les incidents ça et là, sachant que l'armée écoutait la radio. C'était leur premier rôle, de coordonner ce qu'il se passait. Leur second rôle a été de rassurer les gens face à cet état de stress inhabituel. En Tunisie, on n'a jamais entendu un coup de feu de toute notre vie. Là, pendant quelques jours, il a fallu rassurer les gens, leur expliquer la conduite à tenir face aux attaques de panique par exemple, leur apprendre à se relaxer. Il y avait donc cette partie santé mentale. C'était mon rôle de médecin, mais l'autre partie, c'était aussi d'essayer de parler politique au niveau la radio, d'écouter les gens, est-ce qu'ils étaient contents de cette révolution, comment ils voyaient le futur de la Tunisie. Ils ont aussi parlé de ce qu'il s'est passé pendant la période de l'ancien président. En gros, c'était donner la parole au peuple.

RadioActu : À quel moment la parole s'est elle vraiment libérée, que ce soit sur les radios privées ou les radios d'État ?
Zizou : Les radios d'État ont été les dernières à se libérer. Les radios privées ont commencé à se libérer alors que le président était encore là, c'était un à deux jours avant sa fuite. Les radios privées ont commence à parler, à critiquer. On sentait que c'était la fin. Les radios d'État par contre sont noyautés par le parti du président. Donc il a fallu que le président parte pour que les syndicats prennent les choses en main et que la langue change. Ça s'est passé le lendemain du départ du président. Sur les radios privées, ça a été graduel. On commençait déjà à parler des difficultés, des gens qui sont morts, des sacrifices, d'une ère nouvelle pour la Tunisie. Après, quand Ben Ali est vraiment parti, on a commencé à critiquer en nommant vraiment les gens.

RadioActu : Quel est votre rôle sur Express FM ?
Zizou : J'ai une chronique quotidienne, qui s'appelle "Next Big Thing", qui parle des tendances venant de l'Ouest de l'Occident et qui risquent de venir en Tunisie, et puis j'ai une émission chaque dimanche, Net Show. Cette émission qui était déjà un peu border line puisque nous accueillions des cyber-dissidents et des gens qui ont contribué au niveau du relais de l'information sur le Net.

Tunisie, fin du régime de Ben AliRadioActu : Express FM a-t-elle subi des pressions du pouvoir avant la fuite de Ben Ali ?
Zizou : Oui, Ben Ali lui-même a appelé ! Il faut savoir que les radios privées tunisiennes ne peuvent pas avoir une licence comme ça. Il faut être un peu proche du régime d'une façon ou d'une autre. Express FM, c'est la radio du fils d'un conseiller présidentiel pour la sante. Apparemment, Ben Ali même a appelé ce conseiller pour demander des explications car nous avons passé dans notre émission un enregistrement d'un cyber-dissident qui était en prison. Il avait été arrêté deux ou trois jours avant la chute du régime car il a eu des contacts avec ceux qui se sont attaqués aux sites gouvernementaux, et c'est quelque chose qu'on ne faisait pas en Tunisie. À un moment, il y avait beaucoup de pressions. La direction a menacé de suspendre le show car elle craignait de mettre en péril toute la radio. Heureusement que c'est passé !

RadioActu : Avez-vous été inquiété à titre personnel ?
Zizou : Non, ça concernait vraiment le boss de la radio. On lui a dit qu'il risquait de perdre sa licence et qu'il ne fallait pas refaire ça.

RadioActu : Vous êtes resté 16 heures à l'antenne dimanche dernier [NDLR : le 16 janvier]. Comment s'est déroulée cette émission ?
Zizou : Il y avait le couvre-feu ! Nous étions à la radio, donc nous sommes restés à l'antenne de 16h à 8 heures du matin à parler aux gens, à les écouter, à faire des signalements à l'armée, à les rassurer, à parler de la Tunisie future. C'était sympa ! Je dois dire que même si ce n'est pas la vocation première de notre radio, qui s'adresse d'abord au patronat, en termes d'écoute, nous avons eu accès à une audience populaire qui n'était pas la notre auparavant. Là, c'était la radio du peuple.

Studio Express FMRadioActu Comment a été prise la décision de faire ces émissions spéciales ?
Zizou : Ça s'est fait instantanément parce qu'il n'y avait pas de news. Le Tunindex [NDLR : principal indice boursier en Tunisie] était en baisse de plus de 10%, il n'y avait plus de bourse, plus d'économie, plus de conférences. C'était vide au niveau des informations que l'on traite habituellement, et puis aussi pour des problèmes de staff. On ne pouvait pas respecter la grille, on ne pouvait faire que du direct. Les gens avaient du mal à se déplacer, et puis il y a avait ce besoin énormissime de signalement, d'aide de l'armée, de renseigner les gens. Les gens étaient scotchés à la radio pour savoir ce qu'il se passait.

RadioActu : Vous continuez toujours votre activité de médecin en parallèle de la radio ?
Zizou : En fait, je suis médecin en santé publique. Je travaille surtout sur des programmes de santé et je suis spécialisé dans le domaine du VIH et du Sida. Je suis rentré en Tunisie l'année dernière après avoir travaillé en Afrique tout en étant basé aux Etats-Unis. Je fais du consulting, et comme ma chronique est programmée après 18h, ça fait juste des journées un peu plus longues. Mon autre émission est diffusée le dimanche. Comme il y a le couvre-feu, on fait 16 heures d'antenne tous les 3 ou 4 jours. On est toujours en programmation exceptionnelle.

RadioActu : Comment envisagez-vous la suite des événements, d'un point de vue médiatique ?
Zizou : L'avenir sera essentiellement politique. Il s'agit de construire en 6 mois un paysage politique qui reflète la vraie société tunisienne. On passe d'un parti unique qui dominait toute la scène médiatique à plusieurs partis, et à d'autres partis qui vont être créés. On a vécu sous un régime qui opprimait la liberté d'association, donc on s'attend à des milliers d'associations qui vont éclore. Il va falloir couvrir tout ça, et ça va être intéressant au niveau des radios de devenir ceux qui ramènent l'information, au lieu d'être ceux qui relaient l'information gouvernementale. Nous explorer toutes les facettes du métier de journalisme, alors qu'avant nous n'avions pas de marge de manoeuvre assez large.

RadioActu : Chose que vous n'aviez pas pu faire depuis 23 ans...
Zizou : Je dirais même depuis l'indépendance de la Tunisie. Ben Ali, c'était la continuité de l'ère bourguibienne, où il n'y avait pas de liberté de la presse, ni de radios privés ou de multipartisme. Là, c'est une nouvelle Tunisie.

Express FMRadioActu : En quelle année Express FM a-t-elle été créée ?
Il y a 3 mois, fin octobre. À la rentrée, en septembre, il y a eu la création de Shems, la radio de la fille du président. Au total, il y a 4 radios privées en Tunisie, 2 radios nationales et quelques radios régionales. La bande FM reste faible est Tunisie. Mais il y a plein de demandes pour des licences de radios, et je pense que ça va s'accélérer, donc il va y avoir plus de compétition. Les médias vont connaître une vraie révolution en Tunisie, et ils vont créer de l'emploi, ça c'est sûr ! Ce qui est intéressant, ce que nous vivons au milieu d'une région qui est aussi opprimée que nous l'étions. Je m'attends à ce que les médias tunisiens aillent au-delà des frontières, que les lybiens, les algériens et d'autres dans les pays arabes vont suivre les médias tunisiens, alors qu'il n'y a pas très longtemps nous étions des médias Nord-Coréens !

RadioActu : Avez-vous reçu le soutien de radios françaises ou européennes ?
Zizou : Pas que je sache. C'est malheureux, mais il faudrait que nous ayons un échange d'expériences avec des radios françaises. Je sais que les radios gouvernementales ont une sorte de programme syndiqué à partir de RFI, mais il n'y a pas eu de contacts entre les radios françaises et les radios tunisiennes. Tous les employés des radios privées parlent français, donc au niveau du traitement journalistique, du professionnalisme, du soutien technique pour le montage, le reportage, ce serait formidable d'avoir une assistance technique.

Tunisie - La révolution et la radio - Janvier 2011

Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu

© RadioActu SAS · 2011 · Reproduction interdite sans autorisation

http://www.radioactu.com/actualites-radio/132958/tunisie-un-animateur-temoigne-du-role-important-de-la-radio-audio/

Thibault Leroi pour RadioActu

© RadioActu SAS · 2011 · Reproduction interdite sans autorisation

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17-01-2011 23:13:39 par Magoo
Bravo à cet animateur, à sa radio, à son peuple......SUITE >

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