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27/10/2003

Les Indépendants - Entretien avec Jean-Philippe Olivieri

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Directeur Général du GIE Les Indépendants qui regroupe 86 stations locales et régionales, Jean-Philippe Olivieri s'est exprimé sur l'importance du NAB European Radio Conference. Il a également émis des réserves sur le déploiement de la radio numérique en France. Un entretien exclusif RadioActu.

Jean-Philippe OlivieriRadioActu : Que représente le NAB European Conference pour vous ?
Jean-Philippe Olivieri :En tant que radios indépendantes, il est important que l'on soit partout puisque nous sommes l'un des acteurs essentiel de la radio en France où nous représentons au moins 11 à 12% de l'audience. Donc il est normal que nous soyons présents. Nous sommes venus au NAB à Las Vegas au printemps dernier et il est important également de venir au NAB de Londres pour rencontrer à la fois des collègues d'Europe et du monde entier.

RA : Le NAB Europe ce sont surtout des conférences sur la stratégie, les relations publiques, la radio numérique, le web, l'évolution des formats, les jeux d'antenne, les nouveaux talents, les animateurs, quelle est la clé du succès d'une radio en France ?
J.-.P. O. :Ce qui était très intéressant sur les conférences ce matin, c'était les interventions des américains et des anglais qui ont montré l'importance du marché local et on voit le directeur de Capital Radio qui maintenant, avec la nouvelle législation en Angleterre, peut regrouper un certain nombre de ses filiales sous une seule marque, nous expliquer qu'il était préférable de garder des marques locales, un peu ce que nous faisons avec Les Indépendants, où finalement nous sommes leader de la radio en France à travers 86 à 90 marques différentes un peu partout. D'où l'importance finalement comme on dit en anglais 'Think local, act global' il faut à tout prix penser à l'importance du local c'est ça qui est le plus important, même si, sur le plan global, on agit sur le plan publicitaire sur un marché national, parce que malheureusement en France tout est centralisé. Donc le marché national publicitaire est avant tout un marché qui se traite à Paris. C'est le rôle du GIE à travers la régie publicitaire avec laquelle on est partenaire, mais l'essentiel de l'audience et des recettes se fait en local, et ça c'est intéressant car on le voit un peu partout en Europe.

RA : Que pensez-vous de la radio numérique ?
J.-.P. O. :La radio numérique, le DAB semble un peu mort-né, on va voir un petit peu si les autres propositions de la radio numérique ont des chances de réussir, pour l'instant le DAB n'a pas l'air d'être très porteur, en tout cas en France. Peut-être qu'ailleurs où ce sont les services publics qui ont été les leaders, comme en Angleterre ou ailleurs pour développer le DAB. Peut-être cela marchera mais c'est un autre problème.

NAB European Radio ConferenceRA : Marc Pallain, vice-président de NRJ, croit plutôt au DVB-T...
J.-.P. O. :Il y a plein de choses, il y a l'Iboc, l'Ibac, le DVB-T, pour l'instant c'est un peu un flou. En fait le vrai problème c'est qu'on parle beaucoup de la radio numérique en croyant que cela va apporter l'ouverture de nouvelles fréquences. Le problème ce n'est pas qu'il y ait ou pas de fréquences, c'est la possibilité économique de gérer des stations. On a toujours cru que l'on pouvait héberger sur la FM un nombre considérable de fréquences. D'une part les auditeurs choisissent trois, quatre radios maximum dans leur écoute régulière et puis il y a l'aspect rentabilité économique. Donc ce n'est pas parce que l'on va rajouter 10 radios qu'obligatoirement elles seront viables économiquement. Sauf si évidemment on les diffuse sur internet où les coûts de diffusion sont beaucoup plus faibles.

RA : Que pensez-vous du DRM ?
J.-.P. O. :Ca fait aussi partie des projets, donc, pour l'instant c'est 'wait and see' puisque l'on est à Londres. Pour l'instant notre travail à nous c'est effectivement d'être en éveil sur toutes les nouvelles technologies, mais l'essentiel c'est de conforter notre audience en FM, c'est quand même là où se passe le marché, c'est là où se trouvent les auditeurs, donc c'est l'essentiel. Alors maintenant que demain les ondes vont être numériques, est-ce que cela va faire venir des auditeurs vers les ondes moyennes ? Le vrai problème ce sera l'équipement en postes. On oublie tout le temps que quand la FM s'est créée, tous les postes de radio étaient déjà équipés en FM puisque France Inter, France Culture, France Musiques étaient déjà en FM. Tous les postes étaient déjà pré-équipés. Il n'y a pas eu de problèmes techniques. Tout le monde pouvait passer du jour au lendemain sur la FM pour écouter des nouvelles radios alors que tout nouveau système de numérisation de l'AM, comme le DRM ou autre, ça posera le problème de renouveler complètement le parc. Il faudra 10 à 20 ans avant que le parc de radios et d'autoradios soit complètement transformé. 'Wait' and see à nouveau. Il y a 7 ans j'étais allé à un grand salon de l'audio et de la radio à Berlin, et on nous expliquait que ça y est, les postes de radio DAB sortaient, qu'on allait voir ce qu'on allait voir, et que pour 2 000 francs, même pour 1 500 Francs on pouvait avoir un autoradio DAB, donc c'était il y a 7 ans. Voilà où en en est aujourd'hui, donc pour l'instant les effets d'annonce sont nombreux, sont réguliers, ce qui compte d'abord c'est de voir réellement ce qu'il y aura avant de commencer à s'occuper de l'avenir.

Les IndépendantsRA : Très peu de sociétés françaises sont présentes au NAB, principalement le Groupe NRJ, le GIE Les Indépendants et une jeune société française NéoSoft, pourquoi selon-vous ?
J.-.P. O. :Bien, NRJ est présent parce que Jean-Paul Baudecroux est intervenu en séance plénière, donc je pense qu'ils sont venus, bon ils sont deux, donc c'est pas énorme, très énorme... très important. Effectivement il y a très très peu de français, alors on pourrait dire que c'est parce que les français ne sont pas trop portés sur les langues étrangères, donc ils ont du mal à tenir des conférences entièrement en anglais, mais je pense que la vraie raison c'est surtout, bien qu'il y a quatre groupes, on pourrait dire, en France de radios. Il y a NRJ, RTL, Europe et puis nous, on peut se considérer comme un groupe en quelque sorte. NRJ est implanté en Europe, enfin pour l'instant ils perdent de l'argent mais ils sont implantés, donc ils étaient présents, RTL fait partie d'un groupe qui est présent dans toute l'Europe et même dans beaucoup plus, dans d'autre pays en Asie etc..., mais donc essentiellement à travers leur maison mère allemande ils sont très bien implantés en Europe donc ils n'ont peut-être pas besoin de venir ici, et puis, Europe Lagardère Active plutôt est également implanté beaucoup à l'étranger et d'ailleurs ils sont présents d'ailleurs au travers de leur filiale russe, Afrique du Sud etc.... Alors bon, pourquoi des responsables de radios ne viennent pas, c'est peut-être, les américains diraient c'est peut-être l'arrogance française. On a peut-être l'impression que l'on sait tout et que l'on a besoin de ne regarder nulle part ailleurs ce qui se fait. Bon c'est vrai que l'on a un long passé historique de la radio parce que l'on oublie toujours que avant la FM il y avait les grandes ondes et que la radio existe depuis plus de 60 ans en France, donc il y a une expertise qui existe, mais on a un marché également très développé en France sur la radio et puis on voit que les trois groupes français sont implantés à l'étranger. Donc on a quand même une expertise qu'on valorise à l'étranger, alors est-ce qu'il y a peut-être l'impression de savoir déjà beaucoup de choses... En tout cas aux Indépendant c'est pas notre conception, nous nous sommes toujours friands de l'expertise extérieure de regarder ce que font les autres, d'apprendre. On passe notre temps entre nous à faire ce type d'émulation, puisque les uns les autres regardent ce qui marche, ce qui ne marche pas pour réussir. C'est peut-être une raison de la réussite : c'est de pas être enfermé sur son petit village, c'est effectivement regarder ailleurs. C'est ce que nous faisons nous dans chaque ville dans chaque agglomération mais le peut-être le faire également de la France par rapport à l'étranger.

RA : La régulation européenne sur l'achat des fréquences à l'étranger, vous y croyez ?
J.-.P. O. :Non. Parce que la radio c'est un média qui est très contrôlé, pas contrôlé capitalistiquement par les états, mais qui est très suivi par les gouvernements. Donc avant que ceux-ci reculent leur emprise pour laisser place à une dérégulation totale, je pense qu'il y aura beaucoup de temps, surtout que cette dérégulation faciliterait surtout l'entrée des Américains. On a vu aujourd'hui Clear Channel qui possède 1 200 radios aux Etats-Unis qui exprimait des appétits grandissants pour une implantation tout azimut avec les capitaux suffisant pour racheter, et on a vu aussi les anglais et les français n'étaient pas très chauds à cette entrée américaine. Est-ce que cela pousserait des déréglementations, c'est pas évident du tout.

Philippe Chapot (philippe.chapot_at_radioactu.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2003 · Reproduction interdite sans autorisation

http://www.radioactu.com/actualites-radio/22381/les-independants-entretien-avec-jean-philippe-olivieri/

Philippe Chapot pour RadioActu

© MédiasActu · 2003 · Reproduction interdite sans autorisation

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