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Hugues de Vesins : " Je ne suis pas dur et encore moins intransigeant. "
Comfm Pro: Comment passe t-on du statut d'enseignant-chercheur à celui de pro de la radio ?
H d: Ce sont deux passions ! J'ai commencé la radio comme beaucoup de gens à 14-15 ans, j'ai donc quasiment toujours fait de la radio.
Parallèlement j'ai poursuivi des études d'économies et très logiquement, comme tous les étudiants pas trop mauvais qui aiment modéliser, je suis devenu enseignant-chercheur. Je travaillais sur la structuration des capitalismes français et européens et ma spécialité au labo était la stratégie des groupes médias. Il m'arrivait à ce titre d'être consultant et un jour à force de donner des conseils j'ai choisi defranchir le pas. C'est un parcours qui m'a fait passer du conceptuel à l'opérationnel avec le souhait de "faire du média" plus que d'analyser les sociétés qui les fabriquent.
Comfm Pro: Quelle a été votre première radio ?
H d: oh...Radio Caylus expérimentale, qui est devenue aujourd'hui CFM. Puis je suis aller faire de la radio sur des radios qui sont devenues commerciales par la suite. Et un beau jour, je suis devenu président de Radio Caylus qu'on a transformé en CFM. Une radio de village devenue aujourd'hui, avec ses onze émetteurs, une radio de dimension régionale. Beaucoup de plaisir, beaucoup de soucis et une très belle aventure.
Comfm Pro: Quelles sont les plus belles choses que vous retenez après avoir passé 3 mandats à la tête du CNRA ?
H d: Vaste question ! Je dirai globalement, avoir fait évoluer le CNRA et avoir contribué très largement à la structuration et au développement des radios associatives devenues "secteur de la communication sociale de proximité". Je crois qu'aujourd'hui, tout le monde reconnaît que le CNRA est devenu un véritable syndicat professionnel. C'était une coordination de fédérations, c'est désormais un lieu de dialogue fort, d'arbitrage, de prise de décisions et également une force de proposition pour le secteur, notamment auprès du gouvernement.
Côté radio, ce qui est peut-être passé assez inaperçu, c'est d'avoir réussi à faire voter la reconnaissance des radios associatives dans la loi [loi sur le communication de 1986, NDLR].
J'ai beaucoup travaillé avec les gouvernements successifs pour cela et, aujourd'hui, le secteur de la communication social de proximité existe dans la loi. C'est une reconnaissance d'un très long travail et surtout la pierre angulaire d'un travail de cohérence sur notre secteur. Un point de départ incontournable qui éclaire de sens toutes nos actions.
Les opérations de jumelages avec les radios africaines en partenariat avec le ministère des affaires étrangères, les accords pour la diffusion sur Internet des radios associatives, notre action pour une meilleure reconnaissance de nos radios par le CSA...
Dans cette vision de la politique sectorielle que nous voulions mettre en oeuvre de la façon la plus cohérente possible, un succès doit être souligné, notre travail sur l'évolution du FSER (Fonds de soutien). Tout le monde le sait, le CNRA a obtenu un Fonds de Soutien à l'équipement pour les radios (en 1998). Mais surtout, on a réussi par notre travail à faire évoluer la façon de distribuer les aides. Un exemple, avant, la tranche maximal se situait entre 300 et 400 000 francs (45 734 et 60 979 euros). Aujourd'hui le maximum d'aides se situe entre 500 000 et 1,3 millions de francs (76 224 et 198 183 euros).
On le voit bien, un pas fondamental a été réalisé. On le sait bien, l'orientation des flux financiers qui alimentent un secteur, et surtout lorsqu'il s'agit de fonds publics, structure, modèle littéralement le dit secteur.
Au delà du politique, du structurant il y a l'humain et dans ce domaine être parvenu à mettre en place des plans de formation efficace et diplômant pour nos salariés est un beau succès.
Aujourd'hui, nous avons plus de 20 % d'emplois-jeunes dans les plans de formations que nous avons mis en place. Ca a été un boulot énorme ! Il a fallu trouver plusieurs sources de financement (Europe, Région...) renégocier les accords AFDAS (entreprises moins de dix salariés), rédiger les plans de formations, organiser les appels d'offres, décider les radios et lancer les processus de validations.
Je suis assez fier de ça.
C'est un succès qui devrait permettre une profonde professionnalisation du secteur associatif radiophonique. Je crois que tout cela résume bien, l'action que nous avons mené ces 4 dernières années.
Comfm Pro: Cela n'a pas été trop compliqué de fédérer toutes les communautés qui composent le CNRA ?
H d: C'est toujours compliqué de vouloir faire en sorte que des gens différents parlent entre eux, se rencontrent et quelque part s'apprécient. Pour ma part, c'est quasiment ce que j'ai préféré.
Vous me dites que j'ai une réputation d'homme dur. Cette réputation m'est faite par des gens qui ne m'apprécient guère, ou par des gens qui on eu à négocier avec moi (et encore ??). En réalité je ne suis pas dur et encore moins intransigeant. J'aime être précis et assez rigoureux.
Enfin, dites vous bien qu'on ne peut pas diriger une société et plusieurs associations distantes de plusieurs centaines de Kilomètres si chacune de ces entités ne reposent pas sur une équipe (et oui j'y reviens) et croyez moi on ne dirige pas une équipe par le dictat.
Ce qui me plaisait en arrivant à la Présidence du CNRA, c'était de me dire que le vrai chalenge était bien de faire en sorte que le CNRA ait plus d'adhérents et que les gens s'y parlent encore plus entre eux.
Quand je suis arrivé au CNRA, il y avait 224 radios adhérentes. Aujourd'hui, il y en a pas loin de 300. Entre mon arrivée et aujourd'hui, la Fédération des radios juives a adhéré ainsi que celle de la Réunion et celle des radios de campus va adhérer. Je trouve passionnant de faire que les Juifs rencontrent les Musulmans, que les "laïcars" côtoient les confessionnels...
Ces gens quand ils parlent de la radio : ils se retrouvent. C'était un vrai challenge qui n'excluait pas et qui n'exclu toujours pas les engueulades. On y est arrivé alors même que beaucoup de gens pensaient que Hugues de Vesins, président, le CNRA allait se renfermer sur lui-même.
Ce n'est ni ma culture, ni ma mentalité, ni même celle des gens qui m'entourent. Ca aussi c'est un vraie fierté, plutôt un plaisir savouré.
Comfm Pro: Qui vous remplace à la tête du CNRA ?
H d: Répondre à cette question ne serait pas très correcte tant que le communiqué officiel du CNRA n'est pas sorti. Je peux vous dire que la question qui a été tranchée le 22 juin dernier a débouché sur une refonte complète du fonctionnement de notre conseil.
Nos statuts ont été modifié pour transformer notre direction "unicéphale" en direction collégiale à trois tête. Le poids du travail faisait peur au successeur mais surtout tout le monde sentait bien qu'il fallait trouver à fonctionner autrement.
Enfin, je peux vous dire qu'une autre assemblée générale sera convoquée en septembre prochain pour permettre à tous de mieux cadrer les taches de chacun.
Pour ma part je vais accompagner ce mouvement. Il est hors de question d'abandonner le navire et de risquer de voir le travail accompli s'effondrer. Mais il est claire pour tout le monde que je souhaite me désengager progressivement pour être de plus en plus disponible sur un plan plus professionnel.
Comfm Pro: Hors CNRA, qu'est-ce qui vous a paru le plus difficile à réaliser jusqu'à maintenant ?
H d: Je ne sais pas vraiment. Aujourd'hui, je suis concentré sur la mission que l'on m'a confié, redresser financièrement A2PRL. Beaucoup d'amis m'avaient déconseillés de relever ce pari.
Il faut savoir que A2PRL est la société qui a repris les activités de la banque de programmes "AFP Audio". La banque de programmes que nous éditons est toujours leader sur le marché avec plus de 100 radios de catégorie A et B clientes. Mais elle est depuis sa création déficitaire.
Cette situation tient à la déstructuration complète du marché de la fourniture de programmes où ce qui est interdit aux uns est autorisé ou toléré aux autres, et, à la concurrence déloyale (je pèse mes mots) qu'exercent certaines sociétés du service public.
Malgré ces handicaps, auxquels une solution devra bien être trouvée, ceux qui connaissent le travail que nous avons accompli sur A2PRL commencent à changer d'avis et à croire, comme moi, en l'avenir de cette société.
Je crois qu'en la matière les annonces que nous ferons en septembre vous surprendrons et vous éclairerons sur le devenir de A2PRL.
Comfm Pro: On peut avoir un avant-goût de ce qui se dira en septembre ?
H d: En septembre ? Non ! (Hésitations) Je peux dire qu'en septembre nous annonceront beaucoup chose, la signature de nouveaux contrats sur de nouveaux supports, j'espère le remodelage complet de l'antenne et de nos services.
Aller plus loin, ce serait aller trop loin ! Nous sommes sur un travail de prospectives et de signatures qui est plutôt bien parti, qui engage certes de nouveaux partenaires mais qui dépend également beaucoup de la volonté de Lagardère Active Broadcast.
Nous serons plus précis entre le 15 septembre et le 15 octobre.
Comfm Pro: Cette mission vous a été confiée par le groupe Lagardère. C'est un groupe en lequel vous croyez ?
H d: Oui, le groupe Lagardère a vraiment à mon sens, les atouts de l'avenir. D'abord, le premier d'entre eux, c'est Arnaud Lagardère [Président de Lagardère Medias, NDLR], qui veut faire de son groupe, un groupe Média.
Le deuxième, ce n'est pas à moi d'en parler ce serait plutôt à un enseignant-chercheur de traiter le sujet...
si vous voyez ce que je veux dire. Il est claire que le groupe Lagardère est aujourd'hui dans une position extrêmement intéressante. Il s'est plutôt bien sorti de la première aventure Internet, il a un cap une volonté et il ne manque ni de moyen ni d'expériences. Ce sont de beaux atouts. Qu'est-ce qui manque à ce groupe ? Un network télé. L'avenir dira s'il peut en acquérir un en France ou ailleurs.
Pour ma part j'ai toujours rêvé d'être dans ce groupe. Pourquoi je ne sais pas.
En tout cas je préfère être chez Lagardère que chez Vivendi. Au moins, il y a une stratégie, et il y a un entrepreneur. Ce n'est pas un énarque faisant parti de l'oligarchie qui s'amuse à faire de la croissance externe en jouant aux dominos industriels.
Enfin, ce qui me plait aussi chez Lagardère c'est la personnalité des ses dirigeants au plus haut niveau. Les valeurs patrimoniales dans le capitalisme décharné que nous connaissons ont du bon, elles donnent plus de sens à l'ensemble et n'engendrent pas les mêmes comportements aussi bien pour la gestion interne d'un groupe que pour son environnement. Il y a encore chez Lagardère une conscience qui n'existe peut être plus véritablement ailleurs.
Demain, je le crois sincèrement, les groupes ne pourront plus être jugés seulement sur les croissance financière, ou sur leurs placement en Bourse.
Comfm Pro: Directeur de A2PRL (Agence de Presse Audio éditrice de la première banque de programme à destination des radios indépendantes commerciales ou associatives), Président de CFM, membre de la commission du Fonds de Soutien à l'Expression Radiophonique...ce n'est pas trop dur d'avoir plusieurs casquettes ?
H d: Vous savez, il y a des mères de famille qui élèvent leurs 3 enfants, qui travaillent, qui ont une passion, le bridge (rires) et qui arrivent à faire les trois. Je crois qu'il faut bien savoir quel rôle on doit mener dans chacun des postes que l'on occupe. Il ne faut pas quand on est président d'une radio s'imaginer qu'on va diriger la rédaction, qu'on va dicter les sujets...non ! Ce n'est pas votre rôle.
Ensuite il est évident qu'il faut avoir une certaine méthode. Il faut aussi avoir une certaine honnêteté vis à vis de soi même et de son entourage, ne pas présumer de soi en quelques sorte, et surtout ne pas présumer des forces de vos partenaires pour ne pas leur imposer un rythme insoutenable. Et puis, je crois très sincèrement qu'il faut être loyale vis à vis de ses partenaires, de ses collègues, de ses amis...Oui, j'y crois beaucoup. On n'arrive pas à mener ce genre d'activités sans former d'équipes et on n'arrive pas à être leader dans ces équipes, où l'argent n'est pas moteur, si les gens qui les constituent doute de vous. Enfin, et surtout il ne faut pas faire le boulot des autres, sinon vous vous dispersez, vous vexez vos partenaires et vous devenez contre productif.
Comfm Pro: Allez-vous prendre des vacances cet été ?
H d: Je suis toujours en vacances (rires). Non, mais je m'efforce de vivre chaque instant au maximum, et je peux confesser que j'ai toujours la chance de jamais faire longtemps ce qui ne me plaisait pas. Alors les vacances...
Je dis toujours que je n'en prendrai pas et la plupart du temps je fini par craquer, je m'en vais. Je crois que je prendrai 10 jours de vacances.
Finalement, je constate qu'il y a très peu de distances entre mes loisirs et mon travail. Il y a toujours une radio à visiter... (rires)
Propos recueillis par Willy Bracciano
ComfmPro (redaction.comfmpro_at_comfmpro.com) pour RadioActu
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