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24/06/2002

RMC Info - Alain Weill

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Alain Weill : " Je suis la bête noire de trois de nos concurrents " RMC Info, la radio info-talk-sport a créé la surprise cette année en s'offrant l'exclusivité des droits radios du Mondial 2002 de football. Ses concurrents ont vu rouge et dénoncent cet accord avec le groupe Kirch.

RMC Info - Alain Weill Comfm Pro: Alain Weill, à vous voir vous affairer pour cette préparation de la Coupe du Monde de Football, j'ai envie de vous demander : comment ça va ?
A W: Ca va très bien. On a effectivement beaucoup de travail parce que couvrir la Coupe du Monde c'est une responsabilité très importante surtout dans le contexte que l'on sait qui est celui de notre exclusivité, donc on y travaille d'une façon très attentive et il y a aussi toute l'activité autre de la station à assurer, donc ça fait des journées bien remplies en ce moment.

Comfm Pro: Vous êtes en ce moment la bête noire de la radio. Racontez-nous pourquoi et comment a abouti cet accord avec le groupe Kirch ?
A W: Je ne crois pas être la bête noire de la radio. Je suis plutôt la bête noire de trois de nos concurrents qui n'ont pas envie de nous voir développer à nouveau l'audience d'une station qu'ils avaient enterré un peu vite. Concernant la genèse de l'accord avec Kirch, c'est tout simple : au mois de novembre, après que RTL ait annoncé son accord de partenariat avec l'équipe de France de football, on s'est dit comment peut-on réagir positivement, faire mieux qu'eux, être meilleur. On s'est dit pourquoi ne pas acheter les droits exclusifs de la Coupe du Monde puisqu'on savait que c'était possible.

On est parti à Londres et on a fait une offre à Kirch, à un moment où je crois que nos concurrents avaient indiqué à Kirch qu'ils ne comptaient pas payer les droits et le groupe allemand nous a répondu en 48 heures pour nous donner son accord.

Comfm Pro: En décembre, on sait que vous aviez fait une offre à RTL. Elle consistait en quoi ?
A W: A l 'époque, nous étions en régie chez IP, filiale de RTL et il m'avait paru cohérent, sachant qu'on avait cet accord , d'aller voir RTL pour leur dire : " Ecoutez, nous sommes dans une régie commune, IP, cela me paraît pertinent d'envisager de partager les droits de la Coupe du Monde de football pour que IP ait une offre complète ", sachant que RTL était la radio de l'équipe de France. RTL n'a pas souhaité donner une suite favorable à ma proposition.

Comfm Pro: Ce même mois vous avez rencontrez le GIE Sport Libre à Radio France, qu'est-ce qui s'est dit ?
A W: Jean-Marie Cavada m'a proposé de venir déjeuner à Radio France avec les autres membres du GIE. Je lui ai répondu que j'étais toujours ouvert au dialogue. Au cours du déjeuner, ils m'ont dit qu'il serait préférable que je renonce à mon exclusivité et que j'envisage de leur céder les droits quitte à ce que je garde un avantage. Dans leur esprit, un avantage, c'était de garder l'exclusivité sur des matches de deuxième niveau, ce qui n'avait pas beaucoup de sens. J'ai compris par la suite qu'une de leurs motivations forte, en tout cas pour quelques membres du GIE, c'était surtout de faire capoter notre contrat avec Kirch et le Conseil de la Concurrence nous a donné raison. Nous avons saisi ce Conseil car nous considérions que le GIE s'était transformé en un véritable cartel pour nous faire échouer.

Comfm Pro: Est-ce que vous pensiez qu'à l'époque en saisissant le Conseil de la Concurrence, c'était gagné d'avance ?
A W: Pas du tout. Par contre on avait l'impression d'être dans notre bon droit donc on a voulu défendre nos droits auprès du Conseil de la Concurrence. Il a considéré notre saisine recevable et a accepté une partie de nos demandes de mesures conservatoires, c'est-à-dire de mesures immédiates concernant le GIE. On a été satisfait. On a eu l'impression que nos droits avaient été reconnus.

Comfm Pro: Vous avez par la suite signé des accords avec des radios locales pour les grandes villes...
A W: Nous avons toujours eu le souci d'assurer une couverture nationale. Malheureusement RMC Info ne couvre pas toute la France. Nous sommes absents du Nord et de l'Est du territoire. On a considéré que ce n'était pas une raison pour nous interdire d'être associé, de bénéficier d'exclusivité sur de grands événements comme nos concurrents le font ou vont le faire. Par contre c'est vrai, pour ne priver aucun Français de ce spectacle, on est contraint de trouver des partenariats à chaque fois. Sachant que les membres du GIE, individuellement ou collectivement avaient refusé de collaborer avec nous, on s'est retourné vers des radios locales. Beaucoup d'entre elles on subit des pressions du GIE, ce qui a été d'ailleurs réaffirmé par le Conseil de la Concurrence. C'est là que nous nous sommes dit qu'il y avait un cartel pour nous empêcher de réussir.

Et ces radios locales qui dans un premier temps avaient été intéressées ont simultanément toutes renoncées. Comme s'il s'agissait de nous faire échouer, de nous faire casser le contrat. Toutes n'ont quand même pas refusées, il y en a quelques unes qui restent indépendantes et libres. Ces radios ont acceptées et elles diffuseront pour leur plus grand bonheur, je pense, les matches de la Coupe du Monde de Football.

Comfm Pro: Est-ce que par la suite vous envisagez de les intégrer dans votre régie ?
A W: Pas du tout. Ce sont vraiment des accords ponctuels qui sont liés à la Coupe du Monde de Football. Ca n'aura aucune conséquence et nous ne développerons pas de relations avec ces radios.

Comfm Pro: Comment avez-vous accueilli par ailleurs la proposition de la Ligue nationale de Football ?
A W: La proposition de la Ligue concernant le Championnat de France de Football, nous est apparue comme quelque chose de naturel. Cela dit nous ne sommes pas des fanatiques des droits sportifs, si on peut ne pas payer pour retransmettre des matches c'est mieux. Avoir l'exclusivité, quitte à payer, ça en vaut parfois la peine, parce que des droits exclusifs, c'est une façon de gagner de nouveaux auditeurs. C'est aussi une façon de développer son activité commerciale et même du point de vue de l'auditeur, l'exclusivité a aussi ses avantages. Nous allons couvrir la Coupe du Monde de Football, comme personne ne l'a jamais couverte. 49 matches sur 65 diffusés en intégralité et nous couvrons aujourd'hui les compétitions du circuit de la Formule 1, comme ça ne s'est jamais fait, car nous avons acheté les droits exclusifs et nous avons eu envie de proposer un spectacle exceptionnel. Là l'auditeur est gagnant !

Comfm Pro: Un décret gouvernemental stipule que le droit d'exploitation d'une manifestation sportive ne saurait s'appliquer aux radios. Quand il sera en vigueur, est-ce qu'il ne risque pas de vous poser des problèmes ?
A W: D'abord ce décret a été conçu par le gouvernement précédent, donc on ne sait pas s'il sera retenu par le nouveau gouvernement et d'autre part on ne connaît pas encore son destin au niveau du Conseil d'Etat. Je ne suis pas sûr que sur le plan juridique sa formulation ne soit pas contestable. Mais de toute façon, si demain, il n'y a pas de droits en France, je ne suis pas sûr qu'on va s'en plaindre. Je ne suis pas sûr non plus que du point de vue des organisateurs d'événements, cela soit tout à fait logique. Parce qu'il ne faut pas se raconter d'histoires : une course de Formule 1, un match de football, c'est du spectacle ! Lorsqu'il s'agit de la retransmission en direct de l'événement, c'est du spectacle !

Le football, ce sont des milliardaires qui courent sur une pelouse, des sponsors, des gens qui paient très cher pour regarder ces matches. On est loin de l'Afghanistan ou du Proche-Orient. Il faut être honnête, ce n'est pas la même chose ! Par contre s'il s'agit de garder son droit à la critique, la possibilité d'interviewer les joueurs, tous les acteurs du spectacle sportif, avant et après le match, ça tout le monde doit pouvoir le faire, sans limite et sans droits. C'est pour cela que la presse écrite, je pense, ne sera jamais concernée par la logique des droits sportifs. La presse écrite n'est pas concernée par la retransmission en direct de l'événement. C'est réservé à la télévision et à la radio, qui, il faut l'avouer, achètent du programme aussi lorsqu'elles retransmettre des événements sportifs en intégralité.

Comfm Pro: Jean-Marie Cavada, lui, considère que le sport à la radio, c'est de l'info...
A W: Il a le droit de le penser. Moi je crois que c'est un argument de circonstance, mais ce n'est pas le média qui diffuse l'événement qui qualifie l'événement. L'événement sportif est un spectacle, que ce soit à la télévision, à la radio ou sur Internet, s'il s'agit de la retransmission en direct de l'événement. En dehors de la retransmission en direct et si l'événement sportif se transforme en fait divers, c'est de l'information. C'est aussi un argument que j'ai entendu, on pense souvent à la catastrophe de Furiani, il y a quelques années. Là, évidemment, il n'y a plus d'exclusivité, il n'y a plus de droits. On est dans le fait divers, on est dans l'information et tout le monde doit pouvoir travailler tout à fait normalement.

Comfm Pro: Radio France ne diffuse pas les matches que vous vouliez lui offrir gratuitement. Comment accueillez-vous cette décision ?
A W: J'avoue ne pas très bien comprendre cette décision qui se fait au détriment des auditeurs du nord et de l'est de la France, puisque rien n'empêchait Radio France de diffuser ces matches. S'il s'agit d'une solidarité entre trois radios Europe 1-RTL-Radio France, on comprends encore moins bien, parce que RTL le moment venu ne fera pas grandement cas du statut de Radio France, lorsque sa société cousine ou sa maison mère commercialiseront les droits de football ou de télévision, comme ils ont le projet de le faire.

Comfm Pro: Si vous n'étiez pas dans une recherche d'augmentation d'audience, vous seriez-vous lancé dans cette aventure ?
A W: Bien sûr ! Nous sommes une radio qui donne une priorité au sport, donc être la radio exclusive de la Coupe du Monde de Football, c'est naturel pour la radio n°1 sur le sport et si nous n'avions pas été dans une période de reconquête, on serait aussi intéressé à cette opportunité exceptionnelle que représente la possibilité d'être la radio exclusive de la Coupe du Monde de Football.

Comfm Pro: Etes-vous partant pour 2006 ?
A W: Ecoutez, on va déjà regarder en 2002 ce qui se passe avant d'envisager 2006. Est-ce que l'on sera exclusif, est-ce qu'on le fera avec les autres, est-ce que nos concurrents auront été convaincus de l'intérêt de l'exclusivité et se porteront acquéreurs de cet événement...on le verra dans les mois qui viennent. On a quatre ans !

Propos recueillis par Willy Bracciano

ComfmPro (redaction.comfmpro_at_comfmpro.com) pour RadioActu

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