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Le 17 mars dernier est sorti aux Editions de l'Archipel le livre "Le Bal des faux-culs" de Jean-Marc Morandini. Sous ce titre élégant, l'ex-animateur de "Tout est possible" raconte son parcours et règle à sa façon ses comptes avec le petit monde de l'audiovisuel français. Avec quelques omissions étonnantes...
Devenu dans les années 90 la figure emblématique de la télé-poubelle avec "Tout est possible", Jean-Marc Morandini s'est désormais reconverti en critique de télévision d'abord sur RMC Info puis sur Europe 1 depuis septembre 2003. Une émission au cours de laquelle "il décortique quotidiennement les coulisses de cette télé dont les poubelles, loin d'avoir désempli, débordent de concepts nouveaux", expliquent les Editions de l'Archipel. Est-ce à dire que Jean-Marc Morandini fait dans ses émissions de radio ses choux gras de cette télévision dont il explique avoir lui-même été la victime il y a une dizaine d'années ? C'est à la radio que Jean-Marc Morandini doit son retour en grâce. En 1995, il explique ainsi avoir été recruté par Christophe Sabot, alors directeur général des programmes du groupe NRJ, pour animer les matinales de Chérie FM où il prend la place de Rémy Jounin, remercié. "L'émission s'appelle la "Morandini Family". Immédiatement, elle rencontre un énorme succès d'audience", se flatte Jean-Marc Morandini dans son livre, avant d'écrire quelques lignes plus bas, de façon assez contradictoire : "Mais à l'époque, Chérie FM n'enregistre que trois points d'audience [NDLR - Chérie FM flirte en fait avec les 4 points d'audience à cette époque (source Médiamétrie)] (...) C'est trop peu pour changer mon image dans l'opinion publique". La radio est donc pour Jean-Marc Morandini le moyen idéal pour se défaire d'une image passablement écornée par les années "Tout est possible". De façon étonnante, il s'en défend, page 257, expliquant qu'"il ne s'agit pas pour moi (...) de me refaire une virginité".
Il dirige ensuite pendant 3 ans, de 1997 à 2000, les antennes de Chérie FM et Nostalgie avant de démissionner pour créer sa société et se lancer dans l'aventure internet. Expliquant dans son livre avoir monté cette société "à l'aide d'un crédit et d'un investissement personnel de quelques dizaines de milliers de francs", il crée ainsi une start-up, Toutestnet. Il tentera en vain de prendre le contrôle de MédiasActu, société éditrice de RadioActu, pour une bouchée de pain. Moins de trois mois plus tard, l'aventure internet tourne court, et la société Toutestnet, dont l'activité se résume à un portail de quelques dizaines de liens et à Génération Gay, un site de rencontres et photos érotiques gay, est cédée à Lv & Co, la société de Gérard Louvin, dont Jean-Marc Morandini prend la direction générale. Mais la transaction est juteuse : Touestnet SA, créée avec "quelques dizaines de milliers de francs", est cédée à Lv & Co contre "7% du groupe radio et internet". Le montant de la transaction serait compris entre 30 et 40 millions de francs, estime le site Le Journal du Net en juin 2000.
Au sein de Lv & Co, Jean-Marc Morandini dirigera notamment les stations MFM et Voltage. De MFM, ex-Radio Montmartre, il tente de faire une Chérie FM bis sans grand succès. "La cible doit être plus féminine et toujours populaire", explique t-il en juin 2000. Las, l'audience de la station ne dépassera pas 1.8% d'audience cumulée, et son site internet se résume aujourd'hui encore à une simple page reprenant la liste de fréquences. Jean-Marc Morandini annonce la création d'un quatrième groupe radio français. Mais l'entrée en Bourse de Lv & Co, annoncée en juin 2000 et "le développement spectaculaire" du groupe n'en resteront qu'à des déclarations d'intention. Jean-Marc Morandini préconisera même la fermeture de toutes les stations locales de MFM. En proie à d'importantes difficultés financières, Lv & Co est cédé au groupe Lagardère, une cession à laquelle le CSA s'opposera fermement en décembre 2003. Arnaud Lagardère reconnaitra "s'être pris les pieds dans le tapis" (L'Express - mars 2004). Mais les quelques 3 années passées par Jean-Marc Morandini à la direction générale de Lv & Co se résument à quelques lignes dans son livre...
C'est dans un contexte de tension entre actionnaires que Jean-Marc Morandini, tout en assumant ses fonctions de "directeur général, directeur des antennes, des programmes, du marketing et de l'information de Lv & Co" (RadioActu - août 2002), rejoint RMC Info en septembre 2002. Il ne quittera ses fonctions au sein de Lv & Co qu'en avril 2003. Sur l'antenne d'RMC Info, Jean-Marc Morandini se voit confier une émission quotidienne de 2 heures au cours de laquelle il se livre à une critique du petit écran. Il chante les louanges d'Alain Weill dont il dit alors qu'il "a une stratégie intéressante qui est de dire : il faut apprendre aux jeunes à venir sur les périphériques. Il faut recréer en périphérique le ton FM" (ComfmPro - septembre 2003). On est bien loin des critiques virulentes que l'animateur adresse aujourd'hui à la station d'Alain Weill dans son livre. Reprochant à la station de ne pas annoncer le prix des communications ou s'offusquant de l'émission de Brigitte Lahaye l'après-midi, moins d'un an plus tard, en juillet 2003, il dira d'RMC Info qu'elle "n'est plus une radio populaire, mais une radio populiste. Les responsables de cette radio d'infos (...) sont des financiers, pas journalistes", tout en estimant que son émission était jugée "au nombre d'appels payants d'auditeurs" (Le Parisien - juillet 2003). Quelques jours plus tôt, il expliquait pourtant qu'il "quittait RMC Info en bons termes, c'est le principal" (France Soir - juin 2003). C'est donc devant les tribunaux que se terminera l'épisode RMC Info, Alain Weil qualifiant de "diffamatoires, dénigrants et extrêmement graves les propos que Monsieur Morandini a tenu dans une interview accordée à un quotidien national" (communiqué RMC Info - juillet 2003). L'animateur est alors "dispensé d'effectuer son préavis de licenciement". En août, RMC Info porte plainte contre Jean-Marc Morandini pour diffamation. "Les propos tenus par Jean-Marc Morandini sont choquants pour nous (...). Il s'agit d'une attaque fondamentale par rapport aux valeurs de notre métier", confiera Franck Lanoux, directeur général de l'antenne de RMC Info (RadioActu - août 2003). Dans son livre, Jean-Marc Morandini règle violemment ses comptes avec ses anciens employeurs, consacrant un chapitre complet à ses 9 mois passés sur l'antenne de RMC Info, décrivant Alain Weill comme un tyran et racontant le peu de moyens dont disposerait la rédaction. Et expliquant qu'il a vécu son départ comme un "soulagement".
Quelques jours plus tard, c'est Europe 1 qui annonce l'arrivée de Jean-Marc Morandini sur son antenne, où il anime une émission au concept sensiblement identique à celle qu'il présentait sur RMC Info. Cette fois-ci, Jean-Marc Morandini ne tarit pas d'éloges pour son nouveau patron, Jérôme Bellay, directeur général de la station, pour qui il explique avoir eu "un coup de foudre professionnel" (Le Parisien - août 2003). Jean-Marc Morandini s'arrête longuement sur ses relations avec Arthur, Jean-Luc Delarue ou encore Christophe Dechavanne. Se posant tantôt en victime, tantôt en justicier, au gré de ses amitiés, Jean-Marc Morandini distribue ses bons points aux uns et aux autres et s'attarde pendant 68 pages (sur un total de 258) sur les dessous de la télé-réalité. Un ouvrage dont la lecture ne se révèle pas au final d'un grand intérêt, si ce n'est celui de connaître les réseaux d'amitié et d'influence de Jean-Marc Morandini, et d'apprécier plus objectivement son discours quotidien sur ce "bal des faux-culs" qui est son fonds de commerce sur Europe 1.
Nicolas Chagny (nicolas.chagny_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2004 · Reproduction interdite sans autorisation
http://www.radioactu.com/actualites-radio/25898/europe-1-morandini-fait-danser-les-faux-culs/
Nicolas Chagny pour RadioActu
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