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Le CSA a répondu aux griefs contre le GIE Les Indépendants avancés dans le Livre Blanc rédigé communément par NRJ, RMC et Skyrock. Dans ce Livre Blanc, qui a été adressé au CSA, Les Indépendants sont notamment accusés "d'être un réseau qui ne dit pas son nom".
C'est une réponse prudente et réservée que le CSA a finalement apporté aux diverses accusations contre le GIE Les Indépendants rassemblées dans un Livre Blanc rédigé par NRJ, RMC et Skyrock - et dont RadioActu s'est procuré une copie -. Il faut dire que l'enjeu concerne un groupement auquel adhèrent quelques 92 stations indépendantes, représentant 85% de l'audience des radios indépendantes, soit quelques 6 millions d'auditeurs quotidiens et une couverture de 82% de la population française avec 400 fréquences FM, soit près de 2 fois le nombre de fréquences de la seule radio NRJ. Certes, Les Indépendants, présidés par Jean-Eric Valli sont constitués de stations qui par la diversité de leurs formats, représentent un ensemble hétérogène de programmes, mais qui ont pris l'habitude communiquer de manière corporate comme un réseau national sur leurs résultats d'audience, n'hésitant pas à comparer leur puissance à celle de NRJ ou de RTL (cf campagne ci-contre). Une communication qui sème le doute dans les esprits, car, si effectivement Les Indépendants ne fonctionnent pas dans les faits comme un réseau national, ils se définissent cependant comme "un réseau publicitaire national". De même, c'est au groupe Lagardère, qui possède lui-même les stations Europe 1, Europe 2 et RFM, que le GIE Les Indépendants a confié la commercialisation de sa publicité. En 2003, Lagardère a versé au GIE Les Indépendants un total de 37 millions d'euros, soit "autant qu'un grand réseau national", explique Jean-Philippe Olivieri, directeur général. Dans les communiqués d'audience de Médiamétrie, l'audience du groupement apparaît depuis 2000 aux côtés des stations traditionnelles, et non plus dans les résultats d'audience des couplages publicitaires. Enfin, de récentes opérations financières, dont l'entrée de Natexis dans le capital de Radio Scoop, Vibration, Contact FM et Alouette, 4 poids-lourds de la FM régionale, ont attiré l'attention des réseaux et du CSA.
Le Livre Blanc s'attaque donc au GIE Les Indépendants, accusé d'être "un réseau qui ne dit pas son nom. Selon les auteurs de ce recueil, Les Indépendants sont "une machine à gagner des fréquences". Ainsi, en 2003, sur 25 fréquences attribuées à des radios de catégorie B, 20 concernent des radios adhérentes au GIE, indiquent-ils. L'un des critères d'attribution concerne la solidité financière des stations. Les auteurs du Livre Blanc estiment que seul le GIE Les Indépendants est en mesure aujourd'hui de garantir cette solidité financière. "Les autres radios non intégrées au GIE Les Indépendants [sont] exclues de facto de l'accès à la publicité nationale. (...) Le CSA est conduit quasi mécaniquement à consentir un nombre important de nouvelles fréquences aux radios du GIE Les Indépendants, qui bénéficient d'une sorte de monopole au sein de la catégorie B dans l'attribution des fréquences", lit-on dans le Livre Blanc. Selon le CSA, "les attributions récentes de fréquences aux stations n'appartenant pas aux Indépendants a représenté 30% des fréquences attribuées aux stations de catégorie B en 2003".
NRJ, RMC et Skyrock reprochent également au GIE Les Indépendants de ne pas avoir à se soucier du seuil anti concentration. La Loi sur la communication de 1986 interdit en effet à une même personne physique ou morale de disposer de plusieurs réseaux dont la couverture cumulée dépasserait les 150 millions d'habitants. Aujourd'hui, les stations regroupées au sein des Indépendants couvrent un bassin de population de 175 millions d'habitants, selon NRJ. "Si comme le fait NRJ, on ajoute la population couverte pour chacune des radios adhérentes des Indépendants, ce qui n'a aucune signification au regard de la loi puisque par sa structure juridique le GIE n'est actionnaire d'aucune radio, on comptabiliserait 157 millions d'habitants et non 175 comme le prétend NRJ. Dans tous les cas, NRJ se garde bien de comparer ce qui est comparable : le poids des opérateurs indépendants au poids des groupes nationaux qui ensemble couvrent 536 millions d'habitants, soit 379 millions de plus que Les Indépendants", rétorquent les Indépendants. Pour sa part, le CSA estime que "le seuil de 150 millions d'habitants ne s'applique pas au GIE qui n'est pas un réseau national au sens de la loi".
Il n'en reste pas moins que, selon le Livre Blanc, "Les radios du GIE Les Indépendants se gardent bien, à l'égard du CSA, de se présenter comme composante d'un réseau, alors même que ses fondateurs revendiquent cette appellation lorsqu'il s'agit de figurer dans les résultats de mesure de Médiamétrie". A ce titre, l'attitude de Jean-Eric Valli, représentant les stations de catégorie B au sein du Comité Radio de Médiamétrie, lui a valu un rappel à l'ordre de Jacqueline Aglietta, PDG de Médiamétrie. Cette dernière estime, dans un courrier en date du 2 décembre 2003, que Jean-Eric Valli a transgressé "au profit du GIE Les Indépendants (...) la règle de confidentialité établie par le règlement". Elle reproche également à Jean-Eric Valli "une présentation caricaturale, tant en ce qui concerne la nature de la demande de l'ensemble des stations ou groupes de stations membres du Comité, que s'agissant du contenu des débats".
Sur la position du GIE Les Indépendants concernant l'accès à la publicité nationale, les auteurs du Livre Blanc estiment que "le GIE est en situation de s'affranchir radicalement de toutes contraintes anti-concurrentielles et constitue (...) le passage obligé pour toute station de catégorie B souhaitant accéder au marché de la publicité nationale". Ils expliquent que "la possibilité d'accueillir ou de rejeter la candidatures de radios de catégorie B a désormais un impact réel sur le devenir des radios qui ne lui sont pas affiliées". Sur ce point, la station parisienne Chante France, contrôlée par la société Canal 9, a saisi le Conseil de la Concurrence, après le refus de son adhésion au GIE Les Indépendants. Du côté du CSA, on indique sur ce point précis "qu'il n'appartient pas au CSA de trancher ces litiges". Quatrième point abordé dans le Livre Blanc : la mise en place de réseaux thématiques au sein du GIE. NRJ, RMC et Skyrock expliquent ainsi que la société Saint-Dominique Radio, filiale de Natexis, est entrée en 2001 au capital des sociétés exploitant les stations Alouette, Contact FM, Vibration et Radio Scoop, quatre stations dont les dirigeants sont également, souligne le Livre Blanc, les principaux dirigeants du GIE Les Indépendants "dont les liens financiers avec le groupe Lagardère sont avérés". Les auteurs du Livre Blanc rappellent que "Natexis est l'établissement choisi par le groupe Lagardère pour acquérir temporairement les titres de VUP pour son compte". Pour sa part, le CSA, estime que le Livre Blanc "n'apporte pas d'informations nouvelles permettant de qualifier l'existence d'un portage".
Toutefois, les auteurs du Livre Blanc s'inquiètent de la création de Fédéri, une société dirigée par Jean-Eric Valli et chargée de prendre des participations dans le capital de certaines stations comme ce fut le cas pour Beur FM et plus récemment pour Radio Dreyeckland. Ils s'alarment également de "la mise en place de crypto-réseaux au sein du GIE (...) dans le dessein de répondre à un réel besoin de la part des annonceurs et nécessairement de la régie choisie pour commercialiser le produit du GIE, à savoir Lagardère Active Publicité". Dans un courrier adressé au CSA en janvier dernier, Pierre Bellanger PDG de Skyrock, attirait également l'attention du CSA sur de fortes affinités de programmation entre les stations Ado FM (Paris), Sun FM (Lyon) et BlackBox (Bordeaux), ainsi qu'entre Vibration (Orléans) et la radio associative 13 FM à Marseille. De même, il indiquait que certains animateurs identiques intervenaient sur ces stations, parfois distantes de plusieurs centaines de kilomètres. Pour le CSA, le Livre Blanc indique l'existence de réseaux thématiques au sein du GIE "en s'appuyant sur des cas isolés qui nécessitent une instruction spécifique". Il s'agit, précise le CSA de stations "dont l'activité se distingue de celle du GIE".
En conclusion, les auteurs du Livre Blanc estiment que "si rien n'est fait, le GIE Les Indépendants sera à l'origine de la création d'un réseau constitué par un grand nombre de radios dont on cherche à structurer les formats et contrôler le capital (..) et qui n'auront à terme pour "indépendante" que le nom". Et de s'inquiéter de "la destruction des radios locales (...) par l'affectation d'un nombre de plus en plus importants de fréquences aux radios du GIE (...). Le formatage commun de certaines d'entre elles marque déjà les prémices d'une vocation plus généraliste et thématique et la constitution d'un quasi réseau national répondant plus aux besoins d'une régie et aux annonceurs nationaux qu'à la richesse et à la diversité du tissu local".
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2004 · Reproduction interdite sans autorisation
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