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16/07/2004

Radio France - Entretien avec Jean-Paul Cluzel

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Jean-Paul Cluzel a commenté pour RadioActu et ComfmPro les premiers résultats d'audience de Radio France depuis sa nomination au poste de PDG. Il a également évoqué l'utilisation du parc de fréquences de Radio France ainsi que le positionnement des radios de service public.

Radio France - Entretien avec Jean-Paul Cluzel RadioActu : L'audience des stations de Radio France s'inscrit dans un contexte de baisse sensible. Comment expliquez-vous ces résultats ?
Jean-Paul Cluzel : Je l'inscris plutôt dans une tendance générale que relève d'ailleurs Médiamétrie dans son communiqué. Il s'agit d'un petit problème de l'ensemble des radios au cours des douze derniers mois. Nous allons essayer de comprendre ce qui arrive et essayer de savoir si c'est une évolution structurelle ou conjoncturelle. Il y a des signes qui pointent vers le structurel, comme l'explosion du multimédia. Je pense que l'auditeur, le téléspectateur ou l'internaute n'ont qu'un temps limité à consacrer à l'ensemble des médias. Ils sont obligés de faire des arbitrages dans ce temps, ce qui peut expliquer la baissse de la durée d'écoute de la radio. Médiamétrie souligne aussi à juste titre un problème plus particulier lié à l'écoute de la radio le matin entre 6 heures et 9 heures. Pour des radios sérieuses comme les nôtres, mais aussi Europe 1 et RTL qui en souffrent encore plus que nous, il y a un problème à résoudre. Que ce soit une priorité de s'attacher à ce phénomène, ça me paraît une évidence. Radio France est typiquement dans ce cas là, car nous faisons une bonne partie de notre audience le matin. Comprendre ce qui se passe est une première obligation. Pour France Info, c'est encore plus net. Même s'il y a une légère reprise par rapport à l'hiver dernier, il y a encore les conséquences de la grève qui ne sont pas négligeables. Je suis persuadé qu'à terme ce sont des radios sérieuses à contenu qui sont susceptibles de s'en sortir le mieux. Je pense que les musicales vont se trouver concurrencées en frontal par le multimédia et le téléchargement. Le type d'auditeurs des radios musicales va faire de plus en plus sa radio à la carte. Nos radios peuvent être les mieux à même de rebondir car nous pouvons apporter des choses de contenu pré-élaborées, éditorialisées avec un vrai travail de journalisme et de production de magazines que des radios moins sérieuses ne peuvent faire.

RadioActu : Cela veut dire que vous allez appliquer à France Inter la formule que vous avez mis en place sur l'antenne de RFI ?
J.-P. C. : Pas forcément dans le format, mais dans le travail sur les contenus, oui, évidemment. Il faut que les rédactions et les producteurs de France Inter, de France Info et de France Bleu, qui représentent une très bonne collectivité, réfléchissent à ce qui se passe et approfondissent leur travail. C'est la première chose à faire. Mon idée est très simple : puisque nous sommes dans une situation de concurrence multimédia extrêmement forte, il faut que le plus vite possible l'auditeur de l'une de nos radios s'aperçoive que s'il consacre une demie-heure ou une heure à notre écoute, il en retire plus en termes de sens, de décryptage, de mise en perspective, d'information, de compréhension de notre société ou de décryptage de la culture et de la musique, que par un autre média. Nous avons un très grand atout qui sont nos nombreuses rédactions et producteurs, ainsi qu'une qualité de mise en ondes qui est très supérieure à la moyenne. Si nous moblisons bien tout cela, ça portera ses fruits.

Radio FranceRadioActu : De quelle façon allez-vous conjuguer cette mission de service public, qui est une mission de qualité, avec les attentes d'un public large et qui est extrêmement sollicité par ailleurs ?
J.-P. C. : Nous allons entreprendre des études pour voir comment, pour chaque radio et chaque tranche horaire se situe la composition de son auditoire en matière de CSP. Ca a été fait, mais c'est peu restitué. Chacun des présentateurs ou producteurs dans des tranches importantes doit s'approprier son audience et voir ses points forts et ses points faibles, qu'il fidélise son audience et voir comment il peut, à la marge, trouver des auditeurs nouveaux.

RadioActu : L'arrivée il y a quelques années de Stéphane Bern sur France Inter a beaucoup surpris. Est-ce aujourd'hui vous êtes prêt à reprendre ce genre de risque ?
J.-P. C. : Il est certain que cette première grille de France Inter que présentera Gilles Schneider comportera relativement peu de nouveautés. En dehors de la successeur de Pascale Clark, qui est une personne sur laquelle nous comptons beaucoup, il y aura tout de même quelques noms, avec quelques hebdomadaires nouvelles. Gilles Schneider a pris les rennes tardivement, donc nous n'avons pas pu faire de grands bouleversements et nous savons qu'il faut être prudents. Il vaut mieux faire des paris audacieux mais qui peuvent rapporter gros comme Stéphane Bern, plutôt que d'aller à la pêche à la va-vite, parce que l'audience est volatile. Il y aura dans les journaux du matin un travail d'enrichissement éditorial avec plus de directs, des correspondants à l'étranger, une présence de l'économie... Il y aura un nouveau présentateur sur France Info entre 5 heures et 10 heures. Rien de révolutionnaire, mais déjà une marque nette de ce travail sur les contenus.

Maison de Radio FranceRadioActu : France Bleu stagne depuis longtemps aux alentours des 6.5 points d'audience. De quelle façon allez-vous développer l'audience de ce réseau ? Ces résultats ne sont-ils pas décevants au regard des moyens dont bénéficie France Bleu ?
J.-P. C. : Même si le réseau s'accroît régulièrement, je ne pense pas que nous ayons dans l'audience la traduction d'une ouverture importante comme celle de Toulon. Nous avons eu beaucoup d'ouvertures, mais dans des petites villes. Toulon, c'est un potentiel de près d'un demi-million de personnes. Hélas pour le réseau France Bleu, il n'y a pas eu d'ouvertures comparables très nombreuses ces derniers temps. Toutes les idées du Plan Bleu sont des idées de bon sens. Le principal travail est de fédérer dans un réseau qui ait sa personnalité propre des radios qui viennent soit des FIP, soit des locales traditionnelles historiques, soit des radios Bleues. C'est un immense travail d'animation et de formation professionnelle des équipes et des animateurs qui en soit mérite du temps. Nous aurons les résultats des locales le 27 juillet, mais si nous redressons la barre sur le Nord où nous avons incontestablement un vrai problème d'audience, ce serait positif. Tout cela suppose un travail considérable. La réforme de structure décidée par Jean-Marie Cavada et Michel Meyer avec la création des délégations régionales ne date que d'un an à peine.

RadioActu : Il y a effectivement des disparités en termes de résultats d'audience d'une région à l'autre...
J.-P. C. : Oui, mais cela dépend des héritages et une des rares choses qui m'ait désolé dans le dialogue social que j'ai entrepris depuis ma nomination, c'est de voir combien les représentants des organisations syndicales ont du mal à comprendre l'évidence du Plan Bleu. Ce n'est pas un hasard si je me suis rendu à Aix-en-Provence ou à Bordeaux. Ce sont des endroits où les équipes sont prêtes à adhérer au discours.

Le Mouv'RadioActu : Comment se positionne aujourd'hui l'offre du Mouv' et quelles sont ses perspectives de développement ?
J.-P. C. : Ce qui va être nouveau au Mouv' c'est l'introduction d'une production parisienne avec Emilie dès la rentrée et dont on espère beaucoup. Evidemment, Le Mouv' restera à Toulouse mais il y aura une fenêtre parisienne avec une émission en public. L'un des problèmes du Mouv', c'est un manque de lisibilité et de visibilité en région parisienne. Il y a aussi un problème de réseau, mais là où Le Mouv' est présent, en dehors de la région parisienne, les résultats sont plutôt bons. Nous travaillons pour proposer au CSA, dans le cadre du plan de fréquences 2006, une rationalisation de notre potentiel de fréquences, car il y a un travail à faire pour mieux utiliser notre capital de fréquences.

RadioActu : Et donc dégager de la ressource pour Le Mouv' ?
J.-P. C. : Pour Le Mouv' mais aussi pour France Info qui n'est pas présent partout. Il est clair que Le Mouv', France Info et France Bleu ont besoin d'une meilleure desserte. Et je ne parle pas du fait que l'auditeur de France Musiques n'a pas la possibilité de nous écouter en continu s'il va de Lille à Marseille par l'autoroute, ce qui n'est pas normal. Il y a un vrai travail technique auquel s'est attelé Sylvain Annichini et qui ne pourra déboucher qu'avec le plan fréquences 2006 du CSA.

RadioActu : Vous êtes très attaché à la diffusion numérique, Radio France est présente dans le Consortium DRM et le Comité DRF. Quel plan envisagez-vous de mettre en oeuvre dans ce domaine dans les années à venir ?
J.-P. C. : J'ai demandé aux directeurs de chaînes, à Pascal Delannoy, responsable du multimédia et à Sylvain Annichini de réfléchir. Ca n'a pas été la première de mes priorités, mais il est clair que, au moment où le DAB va devenir une réalité, il faudra que nous ayons une offre innovante, à l'instar de la BBC. Je ne sais pas encore dire vers quoi nous allons nous diriger, mais c'est quelque chose que je suis attentivement.

Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2004 · Reproduction interdite sans autorisation

http://www.radioactu.com/actualites-radio/30457/radio-france-entretien-avec-jean-paul-cluzel/

Thibault Leroi pour RadioActu

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