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Directeur général de Ciel AM (981 AM), Franck Sadia revient pour RadioActu sur l'aventure de sa station qui met en place ses nouveaux programmes le 23 septembre. Il évoque également la situation de l'AM en France et les difficultés liées au déploiement du numérique.
A 36 ans, Franck Sadia fut, aux côtés de Marc Scalia le fondateur de Ciel AM. La station a bénéficié en janvier 2001 d'une autorisation temporaire d'émettre. Après plusieurs mois de silence, la station a repris ses émissions en région parisienne sur 981 AM.
RadioActu : Ciel AM est de retour depuis quelques jours. Quelles sont aujourd'hui les différences avec le programme que l'on a connu en janvier 2001 ?
Franck Sadia : Ciel AM a considérablement ouvert son format. Il y a deux ans, nous avions une approche plus thématique orientée sur une sensibilité juive qui a totalement disparue, puisque nous avons recentré cette thématique sur la région proche-orientale, et plus largement sur le moyen-orient. Nous nous sommes rendus compte que cette région était très souvent couverte par les différents médias, mais de façon très factuelle et spectaculaire. Une fois qu'on a vu du sang et des affrontements, nous pensons qu'on peut faire évoluer le débat. C'est là que Ciel AM intervient. Nous sommes en train de développer un réseau de correspondants dans cette région afin d'avoir une info qui colle au plus près des populations et pas forcément de la politique.
RA : Ce sont des programmes qui vont donc privilégier le talk ?
F.S. : Non, car nous allons respecter notre cahier des charges, signé à l'époque avec Dominique Baudis et Jacqueline de Guillenchmidt, et qui prévoit 65% de musique et 35% de talk. La musique comprend toujours 40% de variétés françaises, 30% de variétés internationales et nous avons une catégorie musique israëlo-orientale qui correspond à notre cible.
Anthony Bourdain (directeur des programmes) : Comme nous le faisons sur le talk, il y a aussi une volonté d'ouverture sur la musique et sur le divertissement. Nous serons le lien de transition en permettant cette compréhension du moyen-orient aussi bien au niveau musical.
RA En quoi Ciel AM va-t-elle se distinguer de stations comme Beur FM ou Radio Orient ?
F.S. : Ces stations sont des radios thématiques communautaires qui ont une ligne éditoriale extrêmement précise. Ciel AM est à la radio pour le moyen-orient ce que RFI est à l'Afrique. Nous sommes en France, il y a des problèmes qui rejaillissent de cette partie du monde sur la France et nous voulons être là pour comprendre les choses, dénoncer ce qui ne va pas de part et d'autre. Certaines autres radios ont plutôt tendance à dénoncer ce qui se passe chez le voisin que chez soi.
RA : De quelle façon l'information sera-t-elle traitée sur Ciel AM ?
F.S. : Sans pour autant faire dans le sensationnel, nous avons tendance à vouloir donner le micro à l'homme de la rue et aux intellectuels qui travaillent sur ce sujet. Nous allons bénéficier des archives des Cahiers de l'Orient d'Antoine Sfeir, qui va être conseiller auprès de nos éditorialistes. Nous aurons également un directeur politique moyen-orientale, mais qui n'est pas dans les circuits classiques de la radio. Nous allons essayer modestement de contribuer à désenclaver les communautés pour mieux vivre ensemble. Le rapprochement passe aussi par la musique.
RA : L'une des grosses différences de Ciel AM avec les autres stations AM, ce que tous les programmes ne seront pas centralisés à Paris...
F.S. : Nous aurons en effet des bureaux locaux qui contribueront à alimenter l'antenne nationale. Nous avons été autorisés en catégorie D, c'est-à-dire avec des émetteurs passifs. Mais il est très difficile d'avoir obtenu des fréquences qui ont une vocation régionale pour ne faire que du national. Nous allons donc nous ancrer localement avec des journalistes sur place et qui eux-mêmes feront, nous l'espérons, une heure de programme propre par jour.
RA : Ciel AM a été très silencieuse pendant ces derniers mois. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées pour faire aboutir ce projet ?
F.S. : L'AM en France est effectivement un problème pour les investisseurs. Certaines radios ont eu du mal à boucler leur budget. Nous avions un investisseur de référence qui a souhaité considérablement réduire sa participation. Pendant ce temps, nous avons peaufiné notre format et boucler notre budget. Mais la durée des procédures du CSA est beaucoup plus longue que la vie économique. Donc, des investissements prévus en 2002 ne sont plus forcément valables en 2004. La totale méconnaissance de l'AM en France, tant dans les milieux radiophoniques que dans les milieux financiers ou publicitaires ont fait réfléchir beaucoup de gens. Nous avons connu l'arrêt d'une radio temporaire, et là, nous avons mis toutes les chances de notre côté pour que Ciel AM soit une radio avec le plus long parcours possible.
D'un point de vue financier, comment se structure Ciel AM ?
F.S. : Ce sont des investisseurs privés, comme pour la version 1 de Ciel AM. Mais nous avons plusieurs investisseurs pour alléger la charge de chacun et contribuer à avoir des retours sur investissements un peu plus rapide. Nous pensons atteindre l'équilibre en fin de troisième année ou en début de quatrième année. Nous nous plaçons volontairement dans ce schéma là car il y a une grande inconnue qui est le comportement du public. Nous l'avons un peu testé mais l'auditeur n'a plus l'habitude de venir sur l'AM. Il faut aller chercher les auditeurs un à un en faisant un programme qui soit suffisamment fort et différencié par rapport à l'offre existante sur la FM. L'AM c'est aussi l'analogique et pas forcément le numérique. Il faut optimiser ce que l'on a aujourd'hui. Notre position est très claire : dès que le parc sera suffisamment significatif, nous basculerons sur le numérique. Pour l'instant, nous fondons toute notre stratégie et notre modèle économique sur le parc existant et sur notre contenu. C'est fondamental. Si nous montons la deuxième marche de l'échelle sans avoir pris la première, on risque de tomber.
RA : Ne pensez-vous pas que les pouvoirs publics n'aident pas suffisamment les nouveaux opérateurs que vous êtes à émerger ?
F.S. : Nous sommes dans une économie de marché. Nous avons 50 ans d'abandon de l'AM derrière nous. Il y a une loi sur la radio numérique qui a été votée, il y a des choses qui sont en train de se mettre en place et je pense que les pouvoirs publics ont été échaudés par des technologies magnifiques et qui n'ont jamais vu le jour. Il y a une prudence de ce côté et je crois que ce sont les radios, les industriels et le public qui feront surtout la différence plus que la loi. La loi n'impose pas un mode de consommation. C'est souvent l'inverse. C'était vrai au début de la FM. La numérisation n'est pas propre à l'AM : elle concerne la radio en général. En numérique, nous ne sommes plus dans la logique AM contre FM.
RA : Parmi les nouveaux visages de Ciel AM figure Jean-Marc Veran. Comment avez-vous réussi à le convaincre de se joindre à vous ?
F.S. : Jean-Marc est extrêmement concerné par cette situation au moyen-orient à titre personnel. C'est un sujet qui l'intéresse. Il a pris la présidence de Ciel AM Paris. C'est une histoire d'équipe. Lorsque nous avons rencontré nos investisseurs, il a été beaucoup plus facile d'approcher les gens, de leur montrer que nous étions structurés et ambitieux, avec un défi à la foi technique, humain et éditorial.
RA : Où en est l'ADAM aujourd'hui ?
F.S. : L'Association de Développement de l'AM avait une vocation au départ qui était d'obtenir la libération de la bande AM. Dans ce sens, l'ADAM a plutôt bien réussi et regroupe des adhérents qui ont été servis ou pas en fréquences. Maintenant que presque toutes les radios AM ont démarré, nos objectifs ne sont plus les mêmes. Il s'agit davantage de la promotion des radios qui existent sur l'AM. La première démarche était plutôt politique, aujourd'hui elle devient plus artistique et économique. Il y aura prochainement des réunions pour remettre les choses en place, mais construisons d'abord notre programme et le regroupement se fera naturellement.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2004 · Reproduction interdite sans autorisation
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Thibault Leroi pour RadioActu
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