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Pour RadioActu, Jean-Paul Cluzel est revenu sur les derniers résultats d'audience de la radio en France. Il a également évoqué les perspectives d'évolution et de développement de France Bleu et de la CityRadio, ainsi que la question de la place du service public dans la future radio numérique.
RadioActu : Vous soulignez la baisse de l'audience de la radio généraliste sur la période novembre-décembre 2004. Comment expliquez-vous ce résultat de manière générale ?
Jean-Paul Cluzel : La radio en France est à des niveaux élevés par rapport à d'autres médias. Mais il faut désormais prendre en compte le fait que la concurrence radio est entre les généralistes et les radios musicales, mais aussi le multimédia et la télévision. La télévision du matin commence à être une réalité. Tout le monde aujourd'hui traite de l'information. Et quand l'information est très porteuse, contrairement à ce que l'on croit, ce n'est pas forcément favorable à des radios comme France Info. Il est clair que nous ne pouvions pas compter sur l'actualité pour être portés, car tout le monde fait de l'actualité. D'où mon insistance à valoriser nos atouts propres qui sont des rédactions de qualité et importantes, avec une capacité de déploiement mondial, pour nos seulement faire de l'événementiel, mais également donner du sens, de la perspective à l'information et donner des clés pour comprendre le futur. Je crois que le factuel va devoir être de plus en plus dense et concis. Il faut renouveler la manière dont on conçoit l'information en tenant compte de la mobilité et de l'immédiateté de la télévision. Sans ça, si la radio se contente d'être une télévision sans images, elle est perdante. Les résultats d'aujourd'hui traduisent un léger effritement qu'on ne peut pas nier. Il faut l'attribuer au fait que les jeunes sont peu présents sur les généralistes car ils ne les connaissent pas.
RA : Sans parler de jeunisme, comment une radio telle que France Inter peut elle attirer de nouveaux et jeunes auditeurs ?
J.-P. C. : Nous sommes en train d'introduire de nouveaux thèmes sur cette radio et de nouveaux animateurs. Par exemple, Rebecca Manzoni est un pur produit maison. En trois mois, elle progresse de 20% et fait les mêmes chiffres que Pascale Clark. Et je vois qu'une jeune femme de talent qui n'a pas sa notoriété fait aussi bien en trois mois. La nouvelle émission d'Anne Sinclair faite avec des étudiants s'installe. Il ne faut pas faire de jeunisme, car je pense que des personnes de tous âges aiment entendre de nouvelles voix. On ne va pas transformer France Inter ou Le Mouv' en Ado FM ou NRJ. On le ferait beaucoup moins bien qu'eux. Il y a un travail sur la spécificité d'une radio généraliste qui doit prendre une concurrence qui est beaucoup plus compliquée et plus ouverte qu'elle ne l'était il y a 5 ans.
RA : France Bleu recule assez sensiblement sur un an en dépit des efforts que vous portez sur ce réseau. Comment expliquez-vous ce résultat ?
J.-P. C. : Quand on regarde les quart d'heure en détail, ce recul provient essentiellement des tranches 5h-7h et 20h-22h. Nous l'avions senti, et depuis le 3 janvier, nous avons renforcé l'information locale dans la tranche 5-7 du matin. C'est un auditoire qui se lève tôt et que nous ne traitions pas très bien. La tranche 20-22, produite nationalement, a été remusclée. Les effets sont un peu plus forts que ce que nous avions attendus et qui nous ont amenés à réagir.
RA : La présence de plages nationales au milieu d'un programme à vocation locale ne brouille t-elle pas la lisibilité des stations France Bleu ?
C'est une question qui fait débat à l'intérieur des équipes. L'option du Plan Bleu qu'a voulu Jean-Marie Cavada, c'est que Bleu doit être une chaîne comme les autres, un peu comme France 3. On ne doit pas avoir besoin de zapper. Au plan départemental, on voit que les grands conurrents de France Bleu sont des stations comme Nostalgie. Nous devons éviter que l'auditeur ne zappe vers des radios populaires, et réduire la duplication. C'est le pari du Plan Bleu. Avec la nécessité d'intégrer des journaux nationaux et internationaux de qualité. De 7h à 11h, France Bleu se porte fort bien. Nous avons un coup de mou de 11h à 14h sur lequel nous travaillons. Il me semble qu'il ne faut pas changer de stratégie. Jean-Marie Cavad a fait le Plan Bleu à partir d'analyse sérieuses en partant de la constatation qu'il y a moins de passage des France Bleu vers France Inter ou France Info qu'il ne risque d'y en avoir vers la concurrence. D'où l'idée de donner à nos auditeurs une qualité certaine d'information nationale sur des stations à vocation régionale. France Bleu est produite localement, y compris dans ses éléments préparés nationalement.
RA : Cette analyse est-elle valable pour la CityRadio à Paris ?
<J.-P. C. : J'ai confié à Francis Tyskiewicz les rênes de la City et de France Bleu Melun. Autant j'adhère complètement au Plan Bleu, autant je suis plus réservé sur le concept de CityRadio. Je pense que fonder une radio sur la circulation automobile et le service n'est plus exactement à l'ordre du jour. Il faut faire de la CityRadio, qui changera peut être de nom car elle est me paraît trop intra-muros, une vraie France Bleu où l'on va parler de l'actualité dans la région Ile-de-France. Tous les élus que j'ai vu adhèrent complètement à ça. ils sont très attentifs et trouvent qu'il y a un manque. Le travail de Francis Tyskiewicz sera un travail de retour sur une actualité locale, économique, sociale, politique culturelle. Je n'ai pas vu une seule radio qui réussisse, fondée sur le trafic. Je pense que la City ne pourra redémarrer sur des conceptions assez nouvelles.
RA : 2005 verra l'ouverture par le CSA d'une consultation sur la radio numérique. Comment imaginez-vous la place des radios de service public dans ce qui s'annonce comme un bouleversement de la radio en France ?
J.-P. C. : Nous sommes prêts à produire de nouveaux programmes. Contrairement à la problématique de la télévision où il y a des difficultés de production, nous sommes numérisés dans notre production. A partir de la constation que nous avons une richesse en matière de musique enregistrée que nous sommes très loin de pouvoir exploiter sur nos antennes, nous allons lancer une nouvelle radio sur le net. Nous allons également lancer une ou deux déclinaisons de FIP pour thématiser cette musique d'accompagnement. Si comme je l'espère la radio numérique terrestre est lancée, nous n'allons pas dupliquer nécessairement sur le DAB nos radios existantes. On fera une offre nouvelle qui lancera plus facilement le DAB. Si on lance la radio numérique avec des programmes existants, je ne vois pas pourquoi les gens passeraient sur le numérique. La clé, c'est l'offre de programmes nouveaux, et là nous sommes vraiment prêts. Le multimédia et internet nous permet de tester de nouveaux programmes.
RA : Aujourd'hui, les coûts de production de ces nouveaux programmes sont modiques. Pensez-vous que le ministère de tutelle et le gouvernement vous donneront les moyens d'être présents et visible sur les nouveaux supports de diffusion de la radio ?
J.-P. C. : C'est pour cela que dans les 20 millions d'euros qui ont été annoncés par Monsieur Donnedieu de Vabres, je compte bien avoir ma petite part.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2005 · Reproduction interdite sans autorisation
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