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Julien Courbet fêtera ce mardi 12 avril le 3 000ème cas traité dans "Ca peut vous arriver" sur RTL. Enfant de la FM, il revient pour RadioActu sur son parcours, évoque ses projets et jette un regard sans concessions sur la FM d'aujourd'hui.
RadioActu : Comment est né le concept de "Ca peut vous arriver"
Julien Courbet : Je faisais des jeux sur RTL, quand la station a été un peu "secouée" quand il y a eu l'affaire Bouvard. Lorsque Robin Leproux est arrivé, il a reçu tous les animateurs un par un. Nous avons parlé des petits soucis qu'il y avait à l'époque et il m'a dit : "Et toi, dans ton émission, est-ce que tu es bien ? Qu'est-ce qu'il faudrait changer ?". Je pensais alors qu'il y avait deux problèmes. Le premier c'est que toute la matinée il y avait une succession de jeux sur RTL de 8h30 à 12h30. Il me semblait que le public de RTL était tout à fait apte à avoir quelque chose qui soit un talk-show entre deux jeux. La deuxième chose, je lui ai parlé de mon émssion "Sans aucun doute", où on téléphonait aux gens et où on essayait de résoudre des problèmes. J'ai pensé que ça serait bien que je recentre mes activités sur ce que je savais le mieux faire. Nous étions un mardi et Robin Leproux m'a demandé de commencer le lundi suivant ! Donc il a fallu en quatre jours mettre en place cette émission et elle a démarré comme ça.
RA : Aujourd'hui vous êtes écouté par deux millions d'auditeurs tous les jours, est-ce que vous imaginiez un tel succès ?
J. C. : Non, je savais que ça monterait parce qu'il y avait quand même une petite usure dans les concepts de jeux que j'animais. On savait que ça allait relancer la machine, mais on ne pensait pas que ça prendrait de telles proportions. Mais surtout, nous étions très anxieux parce qu'on sortait de 17 ou 15 ans de jeux à cette heure là, avec des animateurs emblématiques comme Fabrice. On ne pensait pas que le résultat serait immédiat comme ça.
RA : Comment les affaires traitées à l'antenne sont-elles sélectionnées ?
J. C. : Il y a plusieurs filtres. D'abord, on vérifie ce que nous disent les gens, car il y a malheureusement des gens qui oublient de nous donner des détails qui changent tout au dossier et il faut faire attention à ce qu'on raconte à l'antenne. Ensuite, quand les affaires sont importantes, nous demandons à avoir des documents. Je me refuse à me lancer dans des enquêtes en direct à l'antenne si je ne les ai pas pour prouver ce que j'affirme. Après, c'est un principe de répartition des cas pour que l'émission soit homogène. Je fais aussi une émission de radio, avant de régler les problèmes des gens. Ca veut dire que nous mettons un cas important, un cas plus "émotion", un cas plus spectaculaire, un cas voiture, un cas vacances. Il faut que ce soit un éventail et les choses se font assez naturellement. Malheureusement, je suppose qu'il y a des gens qui passent au travers des mailles du filet et qui s'en plaignent. Quand vous avez 1 500 ou 2 000 appels tous les jours, c'est difficile de satisfaire tout le monde.
RA : Le succès de l'émission repose donc sur ce mélange de sérieux et de décontraction ?
J. C. : Oui, j'en suis persuadé. Je pense que le public de RTL vient rechercher du divertissement, de la bonne humeur. La force de l'émission, c'est d'apporter ça, tout en donnant un contenu. Aujourd'hui, on a rigolé, on a aidé des gens, c'était super sympa, et mine de rien on a appris deux ou trois petites choses. Ca veut dire qu'on peut faire du divertissement avec cette petite touche de sérieux et de connaissance qu'on peut apporter à l'auditeur.
RA : C'est presque une émission de service public...
J. C. : Oui, effectivement, c'est une émission de service public, mais je suis tellement bien sur RTL, que mon service public à moi c'est RTL !
RA : Revenons sur votre carrière. Vous êtes un enfant de la FM, qu'est-ce qui vous a poussé à vous installer derrière un micro ?
J. C. : C'est une révélation, bêtement ! J'avais ça en moi sans le savoir et quand les toutes premières radios libres ont démarré à Bordeaux, j'écoutais le soir et ça me faisait rêver d'entendre ces mecs qui parlaient dans des chambres d'écho et qui présentaient des hit-parade. J'étais donc en première année de fac quand les premières radios libres ont débuté, et un jour un type de ma fac qui faisait de la radio libre m'a proposé d'aller le voir un samedi matin. Il était en haut d'un tour HLM dans un studio minable, et il était obligé d'emmener ses disques et de passer les faces A et les faces B parce qu'il n'y avait qu'un seul tourne-disque. Et il m'a dit : "Tu vas présenter un disque !" J'ai mis le casque sur les oreilles, je me suis entendu, et là j'ai compris que ma vie était là. D'ailleurs, j'avais trouvé un boulot à la sortie de la fac : le journal Sud Ouest me donnait un portefeuille à Angoulême pour vendre de l'espace. C'était rare qu'ils donnent à un jeune un portefeuille avec des clients qui garantissait un pouvoir d'achat conséquent. Le jour de la signature du contrat, je leur ai dit que je n'allais pas travailler pour eux. Je voulais faire de la radio libre. Ce n'était pas payé, c'était bénévole. Ils m'ont pris pour un abruti et j'ai démarré comme ça, sur une petite radio libre. Après, j'ai fait mon bonhomme de chemin, d'une radio libre à NRJ Bordeaux, Fun Radio. Aujourd'hui j'ai quarante ans. Lorsque j'ai commencé je devais avoir juste vingt ans, et il ne s'est pas passé une seule année où je n'ai pas fait de radio. Ca fait vingt ans que je fais des grilles, et que je suis tous les jours au micro. Je ne me suis pas lassé une seule fois.
RA : Aujourd'hui le marché est dominé par les radios musicales, même si les généralistes se portent bien. Quel conseil donneriez-vous à un jeune que vous faites rêver et qui veut se lancer aujourd'hui ?
J. C. : Aujourd'hui, il y a des marques qui font rêver les gamins. Je dirais à un jeune que s'il rentre là dedans et qu'il se retrouve formaté dans un concept où il va faire trois interventions par heure dans lesquelles il va citer trois fois la marque à l'intérieur, il va le faire, mais il n'évoluera plus. Surtout que la plupart d'entre eux veulent devenir des animateurs télé. La radio, c'est une gymnastique. Avec de l'expérience,
c'est à force de parler que les tiroirs s'ouvrent quand vous vous retrouvez dans telle ou telle situation. Et les Arthur ou les gens comme moi ont été élevés aux radios où on pouvait faire des interventions qui duraient 2'40" ! On a fait n'importe quoi, même des trucs qui sont complètement stupides, mais on a bâti notre socle là dessus. Aujourd'hui, je pense qu'il vaut mieux pour un gamin qui a envie de faire une carrière sur des radios comme RTL, d'aller plutôt sur Radio France. Même s'il n'a pas envie de faire une émission sur la campagne, ou d'aller interviewer des pêcheurs. En attendant, vous parlez, vous faites des phrases, vous faites de l'interview. Mais je pense qu'à force de faire du NRJ, on ne bouge pas. Quand vous vous pointez à RTL et qu'on vous fait faire un essai, c'est mort ! Il faut comprendre qu'à RTL, contrairement à ce qu'on croit, on ne demande pas aux animateurs de parler calmement, de dire des choses aux ras des pâquerettes. Au contraire, RTL vous demande d'avoir énormément de personnalité. On est venu me chercher sur RMC parce qu'ils m'écoutaient le matin et que ça partait en vrille ! Alors évidemment, on m'a dit qu'il y avait des choses que je ne pouvais pas faire parce que je passais de 200 000 à 2 millions d'auditeurs. Les grandes radios demandent des gens qui ont de la personnalité, qui ont des choses à dire. Et ce n'est pas en disant trois fois la marque et en enregistrant son intervention 25 secondes avant de la diffuser. Ces gens là n'ont aucune chance, ce sont devenus des robots. Je fais passer des castings, et quand je vois des mecs de radio arriver, ils se retrouvent devant une caméra en parlant comme au micro d'une FM. Non, ce n'est pas ça la vie ! Il vaut mieux se trouver une radio plus modeste où on va pouvoir parler, déconner, peut être même dépasser les limites, mais au moins on se fabrique cette expérience.
RA : Vous semblez regretter cette période où on pouvait faire un peu n'importe quoi ?
J. C. : Il y les shows du matin, ça c'est génial. Mais au delà de ça, il y a un juste milieu entre ne pas faire des shows toute la journée et avoir un mec qui parle deux fois dans l'heure ! Surtout, il ne faut pas faire croire à ces gens là qu'ils sont animateurs ! Dans ce cas là, il suffit d'avoir une bonne voix, de prendre un type qui écrit des fiches, parce qu'il y a tellement peu de choses dans les interventions, et vous les faites lire à un comédien.
RA : Quelles sont les personnalités qui vous ont marqué ou influencé durant votre carrière ?
J. C. : Moi je suis de la vieille école. Fabrice a toujours été pour moi le plus grand en radio. Il avait de l'humour, il parlait de "là où ça pique". Il aimait bien faire des petites allusions osées, mais c'était toujours avec beaucoup d'humour, de distinction, de classe. On n'a pas attendu qu'il y ait des gens comme Maurice ou Maurad pour savoir remettre les auditeurs à leur place. Fabrice le faisait dans les années 70, mais il le faisait à sa façon. Il expliquait à l'auditeur qu'il disait n'importe quoi et que ça suffisait. Dans les FM, je trouve quand même que Arthur a apporté un plus, même si je n'étais pas forcément fan de tout. Foucault aussi, quand il était sur RMC, c'était du grand délire. Il y a toute une génération, mais je ne sais pas si on va les retrouver ces gens là. Je ne vois pas qui aujourd'hui va émerger.
RA : On vous a vu en télé ou en radio dans des registres très variés. Aujourd'hui, après 11 ans de "Sans aucun doute" et 4 ans de "Ca peut vous arriver", vous n'avez pas l'inquiétude de vous enfermer dans un créneau réducteur ?
J. C. : Je n'ai aucune angoisse. Le jour où je voudrais changer de rôle, il faudra que je fasse une vraie coupure de trois, quatre ou six mois, pendant laquelle je ne fasse plus rien, pour repartir sur quelque chose de complètement différent. Le fait d'avoir fait à la radio des émissions de sketchs, musicales, des retransmissions sportives, des délires, fait que je me sens capable d'animer n'importe quoi à la radio. Mais faut avoir engrangé des heures de micro. La radio, c'est ma collection de timbres ! Ca pourrait s'arrêter demain, je n'aurais aucun scrupule à aller sur radio-ce-que-vous-voulez à animer le samedi matin ! La radio, c'est le plus bel outil du monde, c'est une thérapie. Moi qui suis fermé comme une huître, tout ce que j'ai en moi, ces conflits intérieurs, je me les garde pour la radio. C'est un exutoire fantastique, c'est un média extraordinaire.
RA : Demain, mardi 12 avril, vous allez traiter le 3 000ème cas dans votre émission. Qu'avez-vous prévu de particulier ?
J. C. : Ce sera l'occasion de faire une fête autour de ça, on va tenter de régler en direct le 3 000ème cas. On reviendra avec tous les avocats sur les moments forts et les cas qui nous ont le plus touché, fait venir certains témoins dont on a résolu l'affaire. Ce sera une sorte de grande cérémonie.
RA : Dans vos projets, y a-t-il quelque chose qui vous tienne particulièrement à coeur ?
J. C. : Ce que j'aimerais, c'est encore faire évoluer "Sans aucun doute", d'être un peu moins posé, partir caméra à l'épaule. J'essaie d'amener cette émission vers la fiction. C'est le travail que nous sommes en train de faire. Faire en sorte que quand on est en train de raconter une histoire, on ait l'impression de regarder un film. L'année prochaine on va se diriger vers ça. Je suis fan de cinéma, de fiction et je voudrais montrer que la vraie vie, celle dont je parle dans "Sans aucun doute", elle vaut largement celle qu'on nous raconte dans les fictions. Et ce sera pareil à la radio, aller plus dans le reportage plutôt que d'avoir quelqu'un qui explique son cas par téléphone. On va envoyer des journalistes sur place qui vont faire des micros, aller enquêter chez les voisins et faire vivre les choses.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
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Thibault Leroi pour RadioActu
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