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Dans le cadre de son assemblée générale qui s'est tenue ce jeudi 19 mai à Paris, le SIRTI a organisé un colloque consacré aux mutations et à la diversité du paysage radiophonique français. Il fut longuement question de la place des radios indépendantes privées. Compte rendu sur RadioActu.
Présidé par Philippe Gault, le SIRTI (Syndicat Interprofessionnel des Radios et Télévisions Indépendantes), qui regroupe plus d'une centaine de stations privées, avait ainsi convié au Press Club de France de nombreuses personnalités, hommes politiques et spécialistes des médias à ce colloque. "Les médias sont en pleine mutation", a expliqué Philippe Gault en ouverture de ce colloque. Ces mutations sont aussi bien techniques qu'économiques et auront un impact sur le comportement des français dans leur consommation des médias, estime le président du SIRTI. "Le paysage radiophonique français est exceptionnel. Cette exception est dans la diversité des opérateurs, dans le pluralisme des programmes, dans l'existence et le dynamisme des opérateurs indépendants qui font mieux que résister face aux groupes dominants publics et privés", explique Philippe Gault. Rejetant l'idée d'une remise à plat totale du plan de fréquences en FM, Philippe Gault souhaite que soient organisés rapidement des appels aux candidatures pour les 1 500 fréquences qui arrivent à échéance. "Le renouvellement des autorisations en FM analogique va sécuriser les opérateurs", une sécurisation que le président du SIRTI estime nécessaire pour que "les opérateurs les plus modestes" puissent "mobiliser les capacités d'investir dans les chantiers de la radio numérique".
Quelques jours après l'ouverture par le CSA d'une vaste consultation sur la radio numérique, le SIRTI souhaitait donc ouvrir le débat sur les mutations et l'avenir du secteur radiophonique français, et plus particulièrement sur la place pour les opérateurs régionaux et locaux et indépendants face à ces bouleversements annoncés. S'exprimant sur la question de la concentration dans les médias, le député socialiste de l'Oise Michel Françaix estime que "la concentration conduit à une uniformisation de l'offre". Expliquant que "l'émiettement des diffuseurs a abouti à un émiettement de la création", il a souligné le rôle des radios associatives, comme autant "d'espaces de liberté". Pour sa part, le sénateur UMP des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi s'est dit attaché"à la préservation des marchés publicitaires locaux. Je préfère des grands groupes français plutôt que rachetés par des groupes allemands par exemple". Ce dernier fut également à l'origine de la modification de l'article 68 de la loi sur les communications électroniques. Cet article prévoit la possibilité de changement de catégorie hors appels aux candidatures pour les stations de catégorie C et D, tout en veillant au respect des marchés publicitaires locaux. "Je suis consterné par la possibilité de détournement de l'esprit de ce texte par certains, et je souhaite que le CSA veille à un équilibre entre les opérateurs ainsi qu'au maintien de la diversité. Le législateur tient à ce que le champ reste aussi ample que celui qu'il est aujourd'hui", a indiqué le sénateur. Un article dont l'interprétation est divergente entre le SIRTI et le CSA.
Ainsi, Marie-Laure Denis, présidente du groupe de travail radio au CSA, devait répondre à Roger Karoutchi en expliquant que "le CSA porte un oeil attentif au respect de la diversité radiophonique". Elle rappelle ainsi qu'il y a "une notion de juste équilibre auquel veille le CSA, mais il faut nuancer l'arithmétique par la réalité géographique". Revenant sur les dispositions de l'article 68, elle a souligné que "la loi permet les changements de catégorie dans les deux sens, de D en C mais aussi de C en D. L'amendement qui demande de préserver les marchés publicitaires locaux n'a de sens que si on le lit dans ce sens". Toutefois, Marie-Laure Denis a précisé que ces changements de catégories "resteront exceptionnels, en attendant d'avoir une vue globale des demandes présentées par les réseaux nationaux. Nous devons avoir une appréciation des capacités des marchés publicitaires locaux". Elle a ainsi expliqué que le CSA consulterait les instances représentatives des stations locales et que les éventuels changements de catégorie s'effectueraient de manière concertée en prenant en compte les réalités locales. Elle a par ailleurs jeté "un regard impressionné sur le chemin parcouru tant par le législateur que par le régulateur".
Pour sa part, Jean-Eric Valli, président du GIE Les Indépendants et président du groupe Start (Vibration, Forum, Sun FM, Ado FM et Voltage), est revenu sur la création du GIE en 1992. "Nous l'avons fait dans l'adversité car il y avait matière à s'organiser", a t-il indiqué. Selon lui, les 105 stations réunies au sein des Indépendants réalisent une performance, créditées d'une audience cumulée de 13.9% "avec seulement 15% des fréquences". Il a également rappelé une nouvelle fois l'absence de liens entre ces différentes stations. "Nous n'avons pas cherché à administrer ces radios et nous n'avons pas cherché à normaliser leur programmation. Ce n'est pas l'objet du GIE, et nous sommes confrontés à des réseaux nationaux qui sont vulnérables face à une mosaïque de radios qui s'adaptent à leur terrain et à leurs concurrents", a t-il expliqué. Selon Jean-Eric Valli, le GIE Les Indépendants contribue à la diversité du paysage radiophonique. "Nos stations tirent 70% de leurs revenus de la publicité locale", poursuit-il. Revenant sur le contrat de régie qui lie le GIE Les Indépendants au groupe Lagardère qui en assure la commercialisation, Jean-Eric Valli explique que "notre régie nous a inclut dans son mode de fonctionnement. Il y a un rapport de force équilibré et nous avons des alliés et des adversaires". Se posant en véritable arbitre de la puissance des régies publicitaires françaises, le GIE Les Indépendants représente un chiffre d'affaires annuel d'environ 45 millions d'euros, soit l'équivalent d'un réseau national comme Nostalgie.
Par ailleurs, Catherine Tasca, ancienne Ministre de la Culture et de la Communication, a rappelé que l'on doit la libération de la bande FM à François Mitterrand et à Pierre Mauroy en 1981. "Cette décision fondatrice est historiquement un moment très fort pour la démocratie", a t-elle souligné. Selon elle, le secteur radiophonique a connu deux évolutions positives majeures. "Le secteur s'est assagi en s'organisant", estime Catherine Tasca, tout en soulignant l'organisation de la régulation. "Je crois à l'organisation du marché libre dans les médias, mais cadré dans une régulation". Elle s'est également exprimée sur les enjeux de la diversité du paysage radiophonique indépendant, soulignant qu'il contribue "au pluralisme de l'information et à la démocratie participative". Elle a d'autre part plaidé pour un soutien aux stations associatives qui "méritent une place dans les fréquences délivrées car elles sont une école de la communication". Catherine Tasca s'est aussi déclarée favorable à une limitation de la concentration en définissant des seuils ainsi qu'à une véritable transparence dans l'attribution des fréquences par le CSA. Enfin, elle a souhaité que soient renforcées les aides publiques aux radios associatives indépendantes qui sont "le nerf de l'indépendance des médias". Concluant cette matinée, Marie-Laure Denis a souligné " le travail très approfondi du CSA sur les futurs appels aux candidatures". Elle a également évoqué les perspectives offertes par la radio numérique, attirant l'attention des opérateurs locaux sur les opportunités nouvelles qu'elle représente, "tout en respectant la diversité du paysage".
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2005 · Reproduction interdite sans autorisation
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