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Alors que sa station vient de repasser la barre des 10 points d'audience, Gilles Schneider, directeur de France Inter depuis juin 2004, évoque pour RadioActu son positionnement dans l'univers des stations généralistes. Il revient sur l'évolution des modes de consommation de la radio avec le Podcast.
RadioActu : Avec plus de 10 points d'audience, vous êtes globalement satisfaits des résultats de France Inter ?
Gilles Schneider : Oui, nous sommes satisfaits car nous revenons à notre étiage de l'année dernière, après un petit purgatoire en dessous de 10. Ca nous remet à notre troisième position devant nos concurrents. Ce qui nous fait particulièrement plaisir, sans faire de triomphalisme, c'est que certaines émissions, journaux et tranches d'informations nouvelles commencent à porter leurs fruits. En radio, les choses sont assez longues à mûrir et il faut attendre que le blé lève. C'est le cas pour le 6h-7h de Patrick Roger, le 13h-14h de Yves Decaens qui a été sérieusement remanié, ainsi que la tranche 19h-20h d'Alain Passerel. Le 7h-9h de Stéphane Paoli a retrouvé sa forme avec un pic de 3.4 d'audience au quart d'heure et la première place devant toutes les radios entre 7h30 et 8h45. Au niveau des programmes, les résultats sont encourageants et ça ne baisse pas. D'une façon générale, nous avons le sentiment que le pari que nous avions engagé à la rentrée 2005 commence peu à peu à porter ses fruits. Il semble que les choses se stabilisent à nouveau.
RA : Comment se structure désormais l'auditoire de France Inter, dans un contexte qui reste relativement morose pour le média radio ?
G. S. : Je crois d'abord que certains auditeurs qui sont allés voir ailleurs sont revenus à la maison, et nous ouvrons les bras pour les accueillir. En revenant à la maison, ils ont trouvé des émissions qui les intéressent. Ca nous permet surtout de réfléchir dans la sérénité et de préparer la rentrée 2006-2007 en poursuivant à notre rythme, qui est celui d'une radio, sans grands coups de barre, avec des changements à dose homéopathique. Une radio, ça doit se manier avec beaucoup de doigté et de précautions.
RA : Dans l'univers dans des stations généralistes que sont Europe 1 et RTL, comment définiriez-vous aujourd'hui la place de France Inter ?
G. S. : Dans cet univers, France Inter se caractérise par sa réactivité. J'en veux pour preuve notre voyage récent dans les grandes capitales du Proche Orient avec la nouvelle donne suscitée par la maladie d'Ariel Sharon. C'est une volonté d'essayer non seulement de donner du sens à l'info, mais aussi de remettre l'information dans un contexte général. Nous avons les hommes pour le faire, non seulement les éditorialistes, mais aussi les journaux. Nous nous intéressons à notre environnement actuel, dans l'hexagone mais aussi dans le monde. Nous ne faisons pas seulement de la politique étrangère, mais nous avons le souci de ne pas considérer que la France est une île. Nous nous attachons à tous les sujets de société en étant dans la proximité. Nous avons voulu inscrire France Inter dans notre époque, avec une pointe d'anticipation, des analyses et des dossiers complets.
RA : Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, dit qu'il s'agit de donner moins de prêt-à-penser. France Inter a-t-elle payé ce côté "donneur de leçons" ?
G. S. : Oui, je crois que nous avons tous les qualités de nos défauts et les défauts de nos qualités ! France Inter est prescripteur, elle veut faire parfois entendre sa différence, mais il ne faut pas que ça tourne à ce côté un peu pédant. Il faut le gommer et faire adhérer le plus grand nombre dans tous les domaines. Ce qui est passionnant à la radio, c'est d'apprendre des choses. Une vraie radio populaire, c'est une radio qui nous donne l'impression d'être un peu moins bête qu'on ne l'était avant de l'écouter. Je pense qu'un bon journaliste doit avoir beaucoup d'humilité, c'est la première des qualités. Il y a aussi la tolérance et l'effacement devant l'évènement.
RA : France Info a également bien fonctionné. Y-a-t-il une concurrence entre les deux stations et de quelle manière se distinguent-elles foncièrement ?
G. S. : France Info est une radio thématique, tandis que France Inter est une vraie radio généraliste. Nous devons faire de l'info sans faire France Info, de la culture sans faire France Culture et faire de la musique sans faire France Musique. Nous sommes sur la ligne de crête, mais il y a des transversalités qui se font au niveau de l'information entre les deux radios, avec des reporters qui travaillent pour les deux stations.
RA : France Inter repasse aujourd'hui devant Europe 1. Est-ce que demain, devancer RTL est quelque chose qui vous fait rêver ?
G. S. : Tout est possible. Je crois que dans les années qui viennent, nous allons tous être dans un mouchoir de poche entre 9 et 12 points. C'est là dedans que les radios généralistes comme Europe 1, RTL et France Inter vont tourner, avec des incursions de radios thématiques comme NRJ ou France Info. Je suis content, avec tous mes collaborateurs, d'avoir repris nos positions, mais je respecte mes concurrents parce que les variations d'écoute sont telles, que demain, on peut gagner ou perdre un point.
RA : En matière de Podcast, êtes-vous surpris des résultats de France Inter ?
G. S. : Ce qui me surprend, c'est que pour le moment, nous n'avons fait aucune communication là-dessus, contrairement à nos concurrents. Et nos Podcast se sont retrouvés en tête, ce qui prouve que le service public a encore de bons atouts. Nous n'allons pas faire notre prochaine grille en regardant les résultats sur le Podcast car la démarche n'est pas la même, mais ce sont des enseignements intéressants. La leçon à tirer de tout ça, quand on voit l'affaiblissement de certaines radios musicales thématiques, c'est que l'avenir est aux radios de contenus. Le succès du Podcast de France Inter est l'illustration de notre volonté d'essayer de donner du contenu à nos émissions.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2006 · Reproduction interdite sans autorisation
http://www.radioactu.com/actualites-radio/53698/france-inter-entretien-avec-gilles-schneider/
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