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Cannes - C'est l'incroyable proposition qui a été faite par le SNEP (Syndicat National de l'Edition Phonographique), en marge du Midem qui s'est achevé à Cannes le 25 janvier dernier. L'industrie musicale entend enrayer la crise qui affecte la filière depuis plusieurs années. Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture, s'est opposé à cette mesure. Explications.
Les quotas de chansons francophones imposés aux radios françaises ont été instaurés par l'amendement Pelchat dans le cadre de la loi du 1er février 1994. Ils sont entrés en vigueur le 1er janvier 1996 et prévoyaient alors que les radios devaient diffuser au sein de leur temps d'antenne consacré à la musique de variétés, 40% d'oeuvres musicales créées ou interprétées par des auteurs et artistes français ou francophones et, sur ce quota, 20% de nouveaux talents ou de nouvelles productions. Le texte prévoit également que ces oeuvres doivent être diffusées aux heures d'écoutes significatives. L'objectif principal de ces quotas est de soutenir la production musicale francophone. La mise en place des ces nouvelles dispositions a bien entendu provoqué une levée de boucliers de la part des stations concernées, qui avaient alors dénoncé l'uniformisation de leurs antennes, un phénomène incompatible avec la segmentation des publics et les différents formats présents en radio. Les premiers rappels à l'ordre commencent à pleuvoir sur les opérateurs ne respectant pas les quotas et, en octobre 1998, la station régionale Vibration est suspendue pendant 24 heures par le CSA pour non-repect des quotas de chansons francophones. Une sanction alors inédite en France, que le CSA n'a jamais employé à nouveau à l'encontre d'une station. Toutefois, en 1999, le CSA, chargé de veiller au respect des quotas pas les stations et de sanctionner celles qui ne se pliaient pas à ces dispositions, avait regretté "la rigidité de la loi au regard de la diversité croissante des formats". Aussi, le 1er août 2000, une nouvelle loi a instauré la possiblité de moduler les quotas imposés aux radios (1).
Pour sa part, le SNEP s'était félicité des résultats de la mise en place des quotas, qui s'était traduite en 1998 par une hausse du marché du disque en France, tandis que la variété française atteignait 54.5% de part de marché. Le secteur de la variété francophone conserve aujourd'hui un dynamisme évident, selon les chiffres dévoilés par le SNEP dans le cadre du 41ème Midem qui s'est achevé le 25 janvier dernier à Cannes. La production francophone a ainsi représenté 67% des ventes des disques de variétés en France en 2006, et ce dans un marché du disque particulièrement morose. En effet, selon le SNEP, le nombre d'albums vendus en magasins a baissé de 16% entre 2005 et 2006, les ventes de singles de 30% et, en valeur, le
marché est passé de 1 459 à 1 287 millions d'euros, soit 11.8% de moins en un an. Si Christophe Lameignère (photo ci-contre), président du SNEP et patron de Sony-BMG France reconnaît volontiers l'impact des quotas sur le dynamisme des ventes de variété francophone, il s'est prononcé pour un relèvement des quotas actuellement imposés aux stations. "Un relèvement des seuils des quotas est devenu incontournable", estime le SNEP. "Il faut une réelle diversité musicale dans les médias, c'est pourquoi nous souhaitons que les quotas soient remontés de 40 à 60%", a ajouté Christophe Lameignère. Déjà, en janvier 2006, le SNEP avait proposé la mise en place d'une segmentation par tranche horaire sur les stations de radio, et ce afin que soit accordée une place minimale à la musique, en particulier sur les tranches matinales et de fin d'après-midi des réseaux musicaux nationaux (lire RadioActu du 13/02/2006).
Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, s'est opposé au relèvement des quotas prôné par le SNEP. Il a indiqué ne pas avoir "l'intention, à très brève échéance, de modifier les quotas". Lors de son discours du 22 janvier dernier dans le cadre du Midem, il s'est exprimé sur le thème de la diversité
musicale à la radio. "Les indicateurs de la diversité sont en légère amélioration, même si des efforts doivent encore être faits, puisque 2.67% des titres totalisent 76.1% des diffusions. J'ai renouvelé mon souhait que dans le cadre de la redistribution des fréquences, le CSA tienne compte des efforts des opérateurs de radiodiffusion en faveur de la diversité musicale. Le service public de la radio et les radios associatives doivent aussi contribuer à l'exposition de la diversité musicale", a t-il expliqué. Pour sa part, le SNEP est allé plus loin que les propos du Ministre et a proposé une série de réformes de la loi sur l'audiovisuel du 30 septembre 1986. Il a ainsi souhaité que soient imposés des critères portant sur la diversité musicale et propose que le CSA soit chargé de veiller "à ce qu'un service de radio ne diffuse pas une même oeuvre musicale aux heures d'écoutes significatives plus de trente fois au cours d'une même semaine". En matière d'autorisations d'émettre, le SNEP souhaite qu'elles soient attribuées en tenant compte "de la diversité de la programmation musicale des services constituant cette offre en prenant en considération les caractéristiques de l'offre proposée au public". A n'en pas douter, si elles étaient adoptées, ces nouvelles contraintes en matière de quotas accentueraient l'uniformaisation de la programmation des stations musicales et pourraient accélérer la désaffection grandissante du public pour ces programmes. Elles favoriseraient davantage encore les modes de consommation alternatifs de la musique (webradios thématiques, téléchargement) qui offrent encore au grand public une véritable liberté de choix.
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Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2007 · Reproduction interdite sans autorisation
http://www.radioactu.com/actualites-radio/67173/snep-et-maintenant-des-quotas-a-60/
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