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11/02/2008

RFI - Entretien exclusif avec Antoine Schwarz, PDG

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Dans une interview exclusive accordée à RadioActu, Antoine Schwarz, PDG de RFI, dresse le bilan de sa présidence, aborde la fin de son mandat, l'avenir de RFI et le futur holding de l'audiovisuel extérieur ainsi que le choix français de la norme numérique radio.

RadioActu : Après la présidence de la SOFIRAD et de la SFP, depuis le 2 juin 2004 vous présidez aux destinés de RFI. Quel premier bilan pouvez-vous tirez ?
Antoine SchwarzAntoine Schwarz : Le point important est que j'ai un mandat de cinq mais en même temps que je suis touché par la limite d'âge qui s'applique aux dirigeants des entreprises publiques à 65 ans, et ceci arrive dès le mois d'août prochain. Donc, il est probable, sauf incidents majeurs, dans un sens ou dans l'autre, que j'arrêterais mes fonctions à RFI en août prochain. Il est donc logique et légitime que vous me posiez la question d'un premier bilan. Je n'avais vraiment pas songé à le faire, parce que je compte travailler jusqu'au bout, y compris à ouvrir des chantiers. Souvent, on hésite à ouvrir des chantiers, en se disant que c'est le successeur qui va en tirer les profits. Ce n'est pas du tout mon optique, je suis avant tout un serviteur de l'Etat par ma carrière, même si j'ai fait autre chose que servir l'Etat. J'ai par conséquent un grand sens de la continuité, nécessaire quand on est à la tête d'un service public. C'est ainsi que je continuerais jusqu'au bout à lancer des projets, à mettre différentes équipes sur des pistes un peu nouvelles, parce que c'est aussi ce qui m'intéresse dans ma fonction. Alors, quel bilan ? Je crois que la chose la plus importante pour moi était de choisir et de faire choisir l'orientation et l'avenir de RFI, qui pouvait être soit d'être la radio extérieure de la France en tant qu'appendice de la radio et donc de Radio France, soit le pivot de l'audiovisuel extérieur, c'est-à-dire arrimer à la télévision et à ce qui est maintenant la dimension majeure de l'action extérieure, Internet. J'ai choisi cette deuxième voie, qui était, tout en gardant la radio, de faire évoluer RFI vers d'autres métiers, ce qu'on appelle maintenant le multimédia, de manière à pouvoir être le pivot de la future organisation de l'audiovisuel extérieur. À ce jour, dans mon bilan, je mettrais comme première chose d'avoir été celui qui a fait faire ce virage à la société, même si dans le concret, rien n'est encore définitif. Mais l'orientation est clairement énoncée dans l'entreprise depuis presque deux ans et elle a été avalisée par les pouvoirs publics. Ça, c'est la première chose. Deuxième point important, c'est que nous avons essayé de Les studios de RFIdévelopper les points forts de la société. Ce n'est peut-être pas glorieux, mais c'est aussi ce qui compte en termes de performance. Nous avions de très solides positions, notamment en Afrique, que nous avons développées et confortées. Nous sommes aujourd'hui la première radio d'Afrique, et cela c'est important. D'une manière plus générale, nous sommes le premier réseau de FM dans le monde. Là, je n'ai fait que continuer sur la voie tracée par mes prédécesseurs, mais nous l'avons amplifiée. Nous avons, avec 170 émetteurs, le premier réseau FM du monde, mieux que la BBC. Ils l'admettent, même s'ils n'aiment pas quand je le leur dis. C'est un grand sujet de satisfaction. La radio et mes émetteurs FM, c'est bien mais les auditeurs c'est mieux. En Afrique, nous pouvons dire qu'avec 25 millions d'auditeurs réguliers en radio, nous avons la première audience Aucune radio, qu'elle soit nationale ou internationale, n'a plus d'auditeurs que RFI. Autre élément de bilan important : les langues étrangères pour lesquelles nous avons fait différentes réformes d'adaptation, qui ne sont pas toujours spectaculaires, mais qui étaient tout à fait nécessaires. Nous avions un secteur très développé dans les langues étrangères mais, un peu inadapté par rapport à la nouvelle géographie du monde, notamment géopolitique. C'est ainsi que nous avons renforcé certaines langues et réduit l'importance de certaines autres. Certes, je reconnais que nous l'avons fait avec quelques difficultés, c'est-à-dire que nous avons eu quelques mouvements sociaux, des résistances, ce qui est finalement normal, mais il y a eu aussi beaucoup de dialogues et finalement nous sommes arrivés à un début de réforme. Tout n'est pas terminé mais nous avons, là aussi, mis une vraie réforme des langues sur les rails. Maintenant, il suffit de l'appliquer. Côté technique, c'est sous ma présidence que l'on aura achevé la numérisation complète de la radio tant en diffusion qu'en production. Nous étions un peu en retard, puisque sans doute la dernière radio de France à utiliser des bandes magnétiques. Et pour nous, c'était un problème car les fournisseurs de bandes fermaient les uns après les autres. Comme nous en consommions beaucoup, il y avait une certaine angoisse. Aujourd'hui, nous sommes complètement numérisés et l'on a, à cette occasion, commencé à adapter l'organisation de notre propre production pour la rationaliser. Là aussi, ce fut source de difficultés, de discussions, mais petit a petit, nous avançons. Concernant Internet, nous avons intégré notre activité de manière à être prêts pour l'audiovisuel extérieur de demain, comme le pivot radio-Internet-télévision et là nous avons un ensemble cohérent.

RA : Vous aviez déclaré à une époque, la radio du monde pourrait parler des langues d'Afrique et c'est dans ce sens là que vous avez oeuvré finalement ? Cela paraît antinomique avec les récents propos du Président de la République ?
RFIA. S. : Je ne pense pas qu'il pensait précisément à cette zone. Je suis très à l'aise sur les langues. Nous sommes totalement convaincus que notre priorité c'est la francophonie, et je ne discute pas là-dessus. D'ailleurs, personne ne dit que nous avons diminué nos efforts qualitatifs et quantitatifs dans le domaine de la francophonie. Mais nous sommes aussi conscients que dans certains pays d'Afrique, il est nécessaire pour toucher le plus grand auditoire possible, d'utiliser les langues que les gens parlent. Pour les langues locales, ce n'est pas possible. Il y a des centaines de langues en Afrique, mais il y aussi de grandes langues régionales qui touchent des millions de personnes. Il y en a au moins deux qui sont dans nos objectifs : le Haoussa dans la région du Niger et le Swahili dans l'est de l'Afrique. Nous avons ouvert en Haoussa une rédaction qui est d'ailleurs basée à Lagos et nous programmons aujourd'hui deux heures de radio par jour, avec un très grand succès. Nous touchons tout le nord du Niger et en Haoussa, des zones atteintes en ondes courtes et que l'on ne toucherait pas avec la FM. Ce sont donc des auditeurs gagnés. On ne peut pas dire que cela fait perdre des auditeurs au Français et l'on va sans doute faire du Swahili en 2009.

RA. : On parle de l'émergence des radios privées qui s'ouvrent aux langues nationales, est ce que cela ne pose pas de problèmes dans les pays couverts par RFI ?
A.S. : Non. Nous avons la vocation d'être un programme en français qui au départ s'adressait aux élites mais qui en fait touche une très large part de la population. La preuve en est que nous avons des parts d'audience qui nous placent parfois en tête de toutes les radios. Comme nous parlons essentiellement français cela prouve bien que les gens le parlent, ou en tout cas tous ceux qui parlent français sont assez nombreux notamment dans l'Afrique de l'Ouest et nous écoutent. Maintenant, il est tout à fait normal que des radios locales puissent susciter de l'intérêt en utilisant des langues locales, à ce moment-là on a une complémentarité naturelle et cela me va très bien.

RA : Georges-Marc Benamou a eu ce propos : "la radio devra redevenir le numéro un en Afrique, sur le bassin méditerranéen, en Europe Centrale et au Moyen-Orient". Qu'a t-il voulu dire ?
A. S. : Il y a juste deux lettres de trop : "redevenir". Il faudrait lui poser la question mais je considère que nous l'avons toujours été. Peut-être pas en Méditerranée mais sur l'Afrique, nous sommes plus haut que jamais en termes d'audience, et cela c'est certain. Au Moyen-Orient nous avons un peu perdu, là, le terme est approprié, un peu perdu également avec notre filiale Monte-Carlo Doualiya qui était avant RMC Moyen-Orient, filiale arabophone. Mais nous avons encore de très bonnes positions, que d'autres nous envient. Je pense que la situation est tout à fait satisfaisante. En revanche, il est vrai que la radio globalement en tant que média sur le pourtour méditerranéen est assez inégale et que nous-même nous préparons, nous nourrissons à l'intention d'ailleurs de la Présidence de la République, un projet de radio méditerranéenne, avec une base de français importante pour donner un peu de concret au projet d'union méditerranéenne exposé par le Président de la République. Donc, là-dessus, je dis : oui, pourquoi pas.

RA : Envisagez-vous de produire des émissions clefs en main ?
A. S. : Oui et non. On faisait avant des programmes enregistrés que l'on distribuait aux radios. Aujourd'hui, nous proposons aux radios partenaires, notamment en Afrique, un service qui est un peu un catalogue que nous diffusons par satellite en équipant les radios d'antennes. Un logiciel leur permet de composer leur menu à partir des programmes qu'on leur envoie. Donc, c'est une aide à la programmation, mais ce n'est pas tout à fait clefs en main. Le contenu est prêt à diffuser, à eux de composer leur menu comme ils le souhaitent et mettre la part d'émissions locales comme ils le souhaitent. Ce système s'appelle Ordispace. Là encore, c'est un brevet RFI puisque nous sommes distributeurs par satellite de programmes avec 150 à 200 radios affiliées en Afrique. Cela marche très bien et ne coûte pas très cher à réaliser.

RA : Mettre en commun la production d'informations avec France 24, c'est vous qui avez proposé cela ?
A. S. : C'est moi qui ai proposé cela. C'est une idée qui a été reprise par le comité de pilotage, justement présidé par Georges-Marc Benamou. Je pense que cela va se faire. Mais j'attends des décisions.

RA. : Que pensez-vous des normes adoptées pour la radio numérique en France ?
A. S. : Je ne suis pas un expert sur le sujet. Simplement, je pense que la norme T-DMB qui est retenue à titre principal a un inconvénient pour les petits opérateurs que nous sommes sur le plan national : c'est de fermer le jeu. Et je pense que si on peut trouver un accommodement qui permettrait d'avoir par exemple, à côté du T-DMB, qui a toute sa valeur en termes de performance, et d'admettre qu'il y ait un bouquet de programmes qui puissent se constituer avec le DAB+, cela satisferait tout le monde.

RA : Le DRM apparaît comme une excellente solution pour l'amélioration de la qualité d'écoute, en particulier pour les ondes courtes, bien que peu de récepteurs existent finalement...
Les antennes ondes courtes de RFIA. S. : Quand je suis arrivé à la tête de RFI, tout le monde m'a dit, le DRM c'est la solution. Je suis, comme vous le savez, un vieux routier. On n'a jamais fait une télévision avec des normes. J'ai été approché par nos fournisseurs, diffuseurs notamment, qui me chantaient monts et merveilles. J'ai vu aussi ce que faisaient nos amis allemands qui sont pionniers ou qui étaient très pionniers sur le DRM. J'étais quelque peu sceptique. Pourquoi ? Parce que l'onde courte est partout dans le monde en régression et pour des raisons de fond. A mon avis, l'onde courte est condamnée pour des raisons de marché, d'habitudes d'écoute. Je pense que ce n'est plus la peine d'investir sur l'onde courte ailleurs qu'en Afrique. Dans cette région, l'onde courte gardera toute sa valeur encore de longues années. Mais il y a un problème avec le DRM : c'est que cela augmente le coût de réception. En Afrique, qui va demain se payer des postes à 100-150 euros, pour écouter la radio ondes courtes ? En fait c'est un problème d'adéquation avec le marché potentiel.

RA : Vous avez été, ces derniers temps, le chantre pour la création d'un GIE ou d'un holding regroupant RFI, France 24 et TV5. Quelle est la situation aujourd'hui ?
Le siège de RFIA. S. : Je suis comme vous. Je suis les péripéties. Mais il est vrai, holding ou pas, que j'ai effectivement été toujours en faveur de cette solution, c'est-à-dire, d'un lieu où se définit une stratégie et ensuite que cette stratégie soit appliquée. Donc il faut une forme d'organisation pour l'audiovisuel extérieur qui fasse que l'on ne soit pas tous dans notre coin, à tirer séparément. Je trouve que le holding reste une très bonne idée.

RA : Quelles sont les avancées dans ce domaine ?
A. S. : On n'a pas avancé depuis le début de l'année. Même si le Président de la République, et c'est une des rares choses bien claires pour moi, a cautionné l'idée de holding. Mais je crois comprendre que les partenaires francophones de TV5 rechignent un peu. Je crois qu'une explication leur sera donnée et j'espère qu'elle les satisfera.

RA : Les noms d'Emmanuel Hoog, de Pierre Louette et Jean-Paul Cluzel ont été avancés pour diriger ce holding. Etes-vous candidat ?
A. S. : Comme vous, j'ai eu vent de ces rumeurs. Candidat : non je ne peux pas l'être pour les raisons que j'ai citées précédemment. Sinon je serais quatre fois candidat !

RA : Est-ce que la disparition de la publicité sur les chaînes publiques est un sujet qui vous interpelle ?
A. S. : Cela n'a pas de conséquences directes pour nous. En ce qui nous concerne, nous n'avons qu'un million d'euro de recettes publicitaires. Laissons d'abord se battre ceux qui ont 800 millions d'euro de recettes.

RA : Vous êtes co-président du consortium Euradio qui vient de remporter l'appel d'offre de l'Union Européenne. Pouvez-vous nous définir ce qu'est Euradio ?
RFIA. S. : Le nom n'est pas définitif car il y a des problèmes, comme France Monde d'ailleurs, à régler avec d'éventuels déposants antérieurs. C'est très simple, c'est un réseau de radio, avec des publics nationaux, internationaux et privés, qui s'est constitué. Treize radios de onze pays différents. Ce réseau s'est constitué pour diffuser en commun des programmes qui parlent de l'Europe et donc qui reçoit une subvention de la Commission Européenne pour se faire. Et comme toujours dans les mécanismes subventionnés, c'est un peu un phénomène déclencheur. Mais au-delà, ce réseau est constitué par des gens qui croient beaucoup à l'Europe et qui veulent vraiment donner une teinture européenne à leur ligne éditoriale. Pour moi c'est aussi très important. En fait c'est un acte de foi en matière européenne.

RA : Etes-vous également atteint par la limite d'âge pour ce poste ?
A. S. : C'est une très bonne question, je n'y avais pas pensé. Là, il n'y a sans doute pas de limite d'âge.

RA : Une nouvelle manifestation broadcast visant la dimension européenne, voire internationale, aura lieu à Paris en octobre prochain. Elle résulte de la fusion du Siel, du Satis et du salon Le Radio. Pensez-vous qu'il y a place à Paris pour un événement broadcast de cette envergure ?
A. S. : Je ne suis pas le meilleur expert en ce qui concerne le marché tel qu'il est. J'ai toujours trouvé que les rencontres professionnelles, les expositions, les événements concernant notre secteur étaient plus utiles pour ceux qui étaient à la marge que pour ceux qui étaient dedans. Cela dépend de savoir qui l'on touche. Il y a trois sphères : ceux qui sont dedans, qui à priori n'auraient besoin de rien, ceux qui sont autour, ce sont ceux qui ont besoin de tout, et puis il y a le grand public. La vraie difficulté, c'est de faire se parler des gens de contenu et des gens de contenant, mais il faut intégrer les grands de l'informatique et d'Internet. Ça c'est tout à fait nécessaire, c'est même plus que jamais nécessaire. Il faut que cela soit large, numérique, digital, comme disent les anglais.

Propos recueillis par Maurice Chapot

Maurice Chapot (maurice.chapot_at_radioactu.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation

http://www.radioactu.com/actualites-radio/85364/rfi-entretien-exclusif-avec-antoine-schwarz-pdg/

Maurice Chapot pour RadioActu

© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation

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