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07/05/2008

INA - Entretien avec Emmanuel Hoog, président

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Première banque d'archives d'images et de sons numérisés en Europe, l'INA est un établissement public à caractère industriel et commercial qui sauvegarde, numérise et communique les archives audiovisuelles des sociétés nationales de programmes, soit plus de 60 ans de programmes de télévision et 70 ans de radio. L'INA assure également le dépôt légal de toutes les radios et télévisions françaises. L'explosion médiatique modifie-t-elle l'action de l'INA ? Quels sont ses points forts ? Emmanuel Hoog, président de l'INA, répond aux questions de RadioActu.

Emmanuel HoogRadioActu : Du théâtre National de l'Odéon à la Présidence de l'INA, votre parcours passe par la direction du Piccolo Teatro de Milan, conseiller du Président de l'Assemblée Nationale, directeur du Printemps des Poètes et l'écriture d'un livre sur le marché de l'art. Quel éclectisme !
Emmanuel Hoog : Professionnellement, je me suis toujours engagé sur le terrain de la culture et de la communication, dans un premier temps autour des chiffres, puisque j'ai dirigé le budget du Ministère de la Culture et de la Communication. Cette position et celle d'administrateur de l'Odéon m'ont placé du côté des géomètres, mais j'ai toujours cru que mon métier, ma vocation étaient du côté des saltimbanques. Par ailleurs, je suis né dans un univers très culturel. Mes parents étaient conservateurs de Musée. J'ai ainsi tout jeune plongé dans le commerce de l'art et de la culture. En arrivant à l'INA, j'avais déjà en moi un peu du métier de conservateur et d'administrateur, et mon côté saltimbanque m'a permis de me trouver à l'aise dans ce nouvel univers.

RadioActu : Successeur de Jean-Pierre Teyssier et Francis Beck, vous détenez le record de longévité. Votre valeur est-elle reconnue ou manque-t-il de prétendants ?
Emmanuel Hoog : Je suis sans nul doute le Président qui a duré le plus longtemps, et le plus jeune, puisque j'ai été nommé président de l'INA à 39 ans. C'est une bonne chose que les présidents puissent agir dans la durée. Je ne pense pas qu'il soit possible de mettre en place des stratégies, de les définir, de les réaliser, de les consolider dans un temps très court, surtout quand il s'agit d'institutions patrimoniales, ce qui est le cas de l'INA. A plus forte raison, lorsque l'on doit réaliser une conversion majeure, sans doute la plus importante de l'histoire de l'INA depuis sa création, le basculement d'un monde analogique à un monde numérique. Pour répondre à votre question, je ne sais pas si ma longévité est due à mes compétences, mais je suis certain que ma durée à ce poste a été nécessaire pour obtenir des réussites que beaucoup reconnaissent.

FIATRadioActu : Vous avez également présidé la FIAT (Fédération Internationale des Archives de Télévision), plateforme professionnelle des centres d'archives de radio et de télévision à l'échelon mondial. Quelle est son action ?
Emmanuel Hoog : J'ai effectivement été président pendant 4 ans, j'aurais pu le rester, si les statuts n'avaient pas interdit de faire plus de 2 mandats de 2 ans. Cette expérience m'a permis de constater, en premier lieu, que le niveau de dégradation des archives audiovisuelles dans le monde est malheureusement égale sur toute la planète et que leurs supports étant les mêmes, ils se dégradent avec la même vitesse dans le monde entier. En deuxième lieu, que dans un monde où les inégalités sont patentes : pays riches ou plus compétents que d'autres, la France était dans une situation privilégiée et exceptionnelle, parce que cette mutation des archives numériques, nous l'avions entreprise plus tôt, permettant ainsi à la France et en particulier à l'INA de se trouver dans une situation d'exception et d'avoir une sorte de leadership.

RadioActu : Sur plus de 100 000 émissions télé et radio à consulter et télécharger sur le site de l'INA, quelle est la part de la radio ?
Emmanuel Hoog : La radio faisait partie du plan de numérisation, Nous avons commencé par la télévision pour 2 raisons. Tout d'abord, le fonds télévision était plus dégradé que le fonds radio, qui lui était moins bien documenté et nécessitait par conséquent un travail de redocumentation préalable avant numérisation. Ensuite, le fonds télévision est plus demandé que le fonds radio. Ces raisons justifient les 2 ou 3 ans de décalage entre le début de numérisation du fonds télévisions et celui de la radio. Aujourd'hui, comme il est plus facile de numériser du son que de l'image animée, les 2 chantiers sont à peu près à égalité : 300 000 heures de télévisions et 200 000 heures de radio. Le fond total à numériser est de 800 000 heures, soit environ 400 000 heures de télévision et 400 000 heures de radio. Il reste à numériser 100 000 heures de télévision et 200 000 heures de radio.

RadioActu : Parmi les fonds de l'INA, celui de la radio, n'est-il pas le plus ancien ?
Emmanuel Hoog : Arithmétiquement, ce sont des fonds à peu près à égalité. Sur les fonds menacés, on compte 400 000 heures de télévision et 400 000 heures de radio. Sur le total des fonds de l'INA, qui représentent environ 3 millions d'heures, elles sont réparties à égalité entre la radio et la télévision. Les premiers objets de la collection de l'iNA, sont des objets radio. Le début des vraies collections, ce sont les années 40. Et là, nous avons une homogénéité du fonds et une cohérence. Avant 1940, il y avait c'est vrai un peu plus de son que d'images.

RadioActu : En 2002, vous avez écrit dans le Monde : "Internet a-t-il une mémoire ?" Avez-vous la réponse ?
Emmanuel Hoog : La mémoire, c'est quelque chose de spontané, qui se construit, qui s'éduque, qui s'organise. Evidemment, ma question revêtait une forme de paradoxe. On imagine que parce que l'on est dans le numérique, tout se garde, tout est possible. Le hic, c'est qu'il y a beaucoup de choses qui se perdent dans le monde du numérique, ce qui fait qu'Internet en soi n'est pas une source éternelle de mémoire. D'autre part, la construction d'un homme, d'une civilisation, d'une société, ne se fait pas simplement par sa mémoire, mais par rapport à une mémoire qui s'organise. Or, Internet est aujourd'hui un monde encore brouillon, assez désorganisé, un peu comme une ville, sorte de "mégalopole" moderne qui se construirait par un phénomène assez spontané, donc très riche et vivant. Mais un jour il faut organiser les plans de la ville et sa mémoire. La mémoire d'Internet est à organiser.

InaMédiaProRadioActu : Et vous avez créé Inamediapro.com ?
Emmanuel Hoog : C'est l'utilisation d'Internet, comme plateforme, un espace, une place publique, qui permet à des coûts très réduits et immédiatement, de mettre une information, une documentation, en l'occurrence les archives de l'INA, à la disposition du plus grand nombre, sans contrainte physique, géographique ou économique. C'est un espace de démocratisation fantastique ! Mais sur cette place publique, on peut trouver le meilleur comme le pire et rien aujourd'hui ou presque rien ne régule le meilleur et le pire.

RadioActu : En 2008, le Groupe de Recherches Musicales (GRM) fête ses 50 ans. Quelle est son importance au sein de l'INA ?
Emmanuel Hoog : La place du GRM est historique et symbolique. C'est un paradoxe au sein de l'INA qui a 34 ans, alors que le GRM en a 50. C'est une entité qui est plus ancienne que l'INA. Le dynamisme du GRM est fort et reconnu. Les 50 ans du GRM sont fêtés dans le monde entier : à Berlin à Rome, au Mexique... Au delà de son dynamisme propre, c'est effectivement, un rappel, un témoignage, une vigilance de la dimension créative à l'INA, qui change de forme mais est toujours présente.

RadioActu : L'INA est le premier pôle européen de formation aux métiers de l'image et du son. Que représente la radio ?
Emmanuel Hoog : La radio au sein du pôle formation, je ne peux vous en donner les proportions exactes. Mais le son à l'INA est revendiqué haut et fort. Nous avons une tradition de son de très grande qualité avec de ingénieurs et des techniciens de qualité. Nous investissons énormément, en matière de production, de co-production, d'apport technique. C'est ainsi que nous nous sommes équipés d'une régie son d'une valeur de plusieurs millions d'euros associée à des matériels dernier cri. Ce matériel est exploitable sous certaines conditions par les étudiants. D'autre part, nous avons un accord avec NRJ School pour la formation de présentateurs radio.

RadioActu : Vous venez de créer Ina'Sup (Ecole Supérieure de l'Audiovisuel et du Numérique). A qui est destiné ce type d'enseignement ?
Emmanuel Hoog : Ina'Sup se veut la grande école de l'audiovisuel. Nous voulons former les cadres du secteur audiovisuel de demain. Nous sommes partis de la constatation assez simple, partagée par les producteurs et les diffuseurs, que ce secteur qui emploie plus de 130 000 personnes - dont on dit que l'importance stratégique est essentielle à l'intérieur de nos frontières pour maintenir le lien social, qui garantit une certaine vitalité artistique, une qualité d'information et sa liberté, permettant en outre une stratégie d'influence à l'échelon international - ne possédait pas de grande école de formation.

RadioActu : Il existe pourtant beaucoup d'écoles de formation dont quelques unes excellentes ?
Emmanuel Hoog : Certes, mais il n'y en a pas d'un niveau où l'on essaie de définir l'excellence, alors que dans d'autres secteurs, il y a des écoles supérieures de formation. Nous avons ouvert cette école supérieure de l'audiovisuel en 2007 avec 200 candidats et nous avons retenus 40 étudiants au niveau licence pour les amener au niveau Master. En 2008, nous restons dans les mêmes proportions.

RadioActu : Qui sont les enseignants ?
Emmanuel Hoog : Un tiers sont des professionnels de l'INA (propriété intellectuelle, sauvegarde, numérisation, documentaliste). Un tiers des professionnels du secteur (radio, télévision, cinéma). Jean Paul Cluzel et David Kessler sont venus faire des Masters classe. Enfin, un tiers sont des universitaires (histoire de la télévision et de la radio).

ImaginaRadioActu : Créateur et sponsor d'Imagina, pourquoi l'INA a-t-il abandonné cette manifestation d'avant garde ?
Emmanuel Hoog : Comme vous le savez, ce n'est pas moi qui l'ai abandonnée, mais je trouve que le choix qui a été fait était le bon et le meilleur, compte tenu des problèmes à régler, stratégiques et cruciaux, liés aux missions de l'INA et à son organisation. Il était difficile d'identifier l'INA à cette manifestation, alors qu'elle ne concernait que quelques personnes en son sein et que 95% du personnel était confronté à des problèmes qui n'avaient rien à voir avec Imagina. Cet espace de médiatisation de l'INA avait quelque chose d'un peu incohérent. Il y avait un écart entre cette manifestation - de qualité - et les préoccupations de l'INA, ses problèmes stratégiques et ses fondamentaux.

RadioActu : En matière de nouveaux médias, allez-vous archiver ces programmes qui vont venir d'un peu partout ?
Emmanuel Hoog : C'est l'un des enjeux. L'INA marche sur 2 jambes, une liée aux archives du secteur public, l'autre qui est le dépôt légal de la radio et de la télévision. Il est certain que sur la partie dépôt légal, il va falloir s'intéresser à la TMP et à l'IPTV. Reconnaissons cependant que beaucoup de chaînes sur Internet, sur câble et satellite et demain sur la TMP, sont des chaînes de rediffusion, dont les programmes sont déjà répertoriés, l'essentiel étant de bien les répertorier. Mais il faut être vigilant, pour que des programmes originaux n'échappent pas à notre sagacité. Notre capacité de mémoire, notre maîtrise de la documentation, font que nous voyons cela avec un regard vigilant, mais serein.

INARadioActu : Vous êtes également producteurs et éditeurs de programmes audiovisuels et multimédias. Est-ce bien le rôle de l'INA ?
Emmanuel Hoog : C'est complètement le rôle de l'INA ! C'est le rôle qui sera le plus important à l'avenir. Nous avons 3 millions d'heures à gérer. Le vrai devoir, c'est de les valoriser et de les montrer. Une image, un son, ne vivent que lorsqu'ils sont partagés. Nous n'avons pas vocation à être un mouroir, un éteignoir ou un conservatoire et laisser à d'autres l'exploitation d'un marché que nous sommes en capacité d'exploiter par nous-mêmes. Dans nos missions, il n'y a pas seulement "conserver", mais également "valoriser". Un certain nombre d'émissions que personne ne connaît, ne seraient jamais sorties sans notre découverte et nos propositions aux producteurs. Toutes les institutions patrimoniales ont une dimension de valorisation. Sans cela, ce serait comme si un musée ne faisait jamais d'exposition ou n'avait pas de site Internet.

RadioActu : Vis à vis du privé, peut-on parler de concurrence déloyale ?
Emmanuel Hoog : Aujourd'hui, toute ces barrières sont entrain de tomber ! Il y a quelques années, ces partages là et ces frontières pouvaient avoir une certaine valeur. Tout cela est dépassé. On n'imagine pas le Louvre sans service éducatif, sans faire des productions à valeur éducative, sans avoir une équipe de tournage capable d'enregistrer des conservateurs faisant un exposé sur les tableaux.

RadioActu : Une nouvelle manifestation broadcast, mixmédias, mixtechnologies, visant la dimension européenne aura lieu à Paris en Octobre prochain. Elle résulte de la fusion des salons Siel, Satis et Le Radio. Pensez-vous qu'il y a place à Paris, pour un événement international de ce type, s'ouvrant sur les nouvelles technologies ?
Emmanuel Hoog : Une telle manifestation, autour du numérique et des nouvelles technologies ne peut être que bénéfique à Paris.

RadioActu : Et la radio numérique ?
Emmanuel Hoog : On pourrait imaginer que l'INA ait sa propre radio numérique. J'y pense fortement... C'est un scoop !

Maurice Chapot (maurice.chapot_at_radioactu.com) pour RadioActu

© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation

http://www.radioactu.com/actualites-radio/90305/ina-entretien-avec-emmanuel-hoog-president/

Maurice Chapot pour RadioActu

© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation

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