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Fin juillet, Eric Besson, Secrétaire d'État chargé de la Prospective, de l'évaluation des politiques publiques et du Développement de l'économie numérique, remettra sa copie sur le dividende numérique. Les éditeurs de services du GRN se félicitent de l'annonce de ce dernier sur la priorité donnée à la radio pour la bande III. Les télécoms pensent récupérer au moins 50% de ces fréquences dites "en or". Si la bande III n'est pas attribuée entièrement à la radio, les éditeurs de service du GRN ont menacé de ne pas se lancer pas dans la radio numérique.
Une garantie que le CSA ne peut pas donner car elle est aujourd'hui dans les mains du 1er Ministre. Pas plus qu'il ne saurait garantir le succès d'un quelconque modèle économique des stations commerciales ainsi que cela lui a été demandé par certains grands réseaux. Le futur de la radio numérique semble être compromis. "C'est le bal des faux-culs", entendait-on dans les rangs de la réunion organisée le 25 juin dernier par le GRN au Studio 106 de Radio France. Ils étaient tous là, le président de Radio France, Jean-Paul Cluzel, en tête, à annoncer que tout allait bien et que "si nous nous trompons sur la radio numérique et que ce ne soit pas le succès attendu, et bien ce n'est pas grave. Nous avons déjà fait des erreurs comme le lancement d'un satellite par TDF. Ce ne sera pas la première. Ca coûtera juste un peu d'argent", tout comme les 10 000 euros annoncées pour deux haut-parleurs qui ont lâchés lors de la démonstration de radio numérique en 5.1. Des propos déjà tenus par le service public et particulièrement inquiétants, faisant peu de cas de l'argent du contribuable. Un retour en arrière posera des réelles difficultés aussi bien aux grands réseaux commerciaux qu'aux radio associatives et aux petits et moyens réseaux qui, il est vrai, ne jouent ici que leur survie. Il faut avoir les moyens de commettre des erreurs. En dehors du service public et peut être des grands réseaux, l'écrasante majorité des autres n'en ont pas les moyens.
Une volonté du Gouvernement
L'avenir de la radio numérique hertzienne terrestre est entre les mains du gouvernement. Canal + analogique s'éteint fin 2010 et la bande III devrait se libérer entièrement fin 2012. C'est le dividende numérique. Le report des appels à candidature de juin à octobre 2008 n'a pas rassuré le gouvernement sur la volonté des éditeurs de services de se lancer dans la radio numérique : "Il est certain que si nous avions eu 140 dossiers de demande pour une place sur la radio numérique hertzienne terrestre le 16 juin, nous serions dans une toute autre situation vis-à-vis du gouvernement. Le fait de reporter ces appels n'est pas un bon signal", a indiqué Rachid Arhab, président du groupe de travail sur la radio numérique au CSA. Le GRN exige des garanties que le CSA ne peut lui donner. Le GRN pose les conditions pour aller vers la radio du futur. Il les pose au CSA mais aussi aux fabricants par le biais de leur Livre blanc et aux autres stations. Il entend aussi les poser à nos voisins européens "qui vont tous suivre la France". Il les pose aussi aux autorités politiques et aux pouvoirs publics. Le GRN ne semble pas disposé non plus a considérer l'appel en cours comme une première phase et laissent sur le banc de touche les radios associatives. Une mise à mort de la seule "exception française" que nos voisins regardent avec envie.
Un rapport bien complexe
Le rapport Besson sera remis au gouvernement fin juillet pour une décision en septembre. NRJ et Skyrock veulent la radio sur la TMP. Il est évident que 30% de couverture pendant 3 ans et une diffusion commune analogique/numérique n'est pas un facteur positif pour la vente des récepteurs de radio numérique et l'initialisation du parc. Autre facteur aggravant : le nombre de stations qui seront offertes au grand public. La technologie retenue par le gouvernement, le T-DMB, ne permettra pas de multiplier l'offre dans les grandes villes. En moyenne -5 à +5 stations selon les villes avec un ticket d'entrée 3 à 4 fois plus cher qu'avec le DAB+. C'est l'occasion pour les grandes radios et le Gouvernement de nettoyer le paysage radiophonique sans l'annoncer officiellement. Autre facteur : les récepteurs multi-standards sont annoncés sans écran LCD couleur à 50 euros et avec écran entre 150 et 250 euros. Des récepteurs avec différents profils européens. Un premier profil qui capte la FM, le DAB, le DAB+, l'audio du DMB (récepteurs sans écran à 50 euros). Un autre profil avec le T-DMB vidéo (récepteurs avec écran entre 150 à 250 euros) et un troisième profil pour les récepteurs incluant les radios sur internet en WiFi (récepteur de 120 à 180 euros +MP3, carte SD, WMA...). Le modèle économique annoncé par le GRN tombe à l'eau. Car il y aura bel et bien plusieurs profils de récepteurs pour un marché européen, comme l'indique le SIMAVELEC. Pas d'images sans écrans. De plus, il est probable que le choix des auditeurs de radio analogique s'oriente vers le moins cher, comme le prouve la majorité des lancements de produits électroniques grand public.
Un danger majeur : l'analogique
Mais il y a plus dangereux. L'analogique. L'analogique ne s'éteindra pas tout de suite. Il suffit d'observer les quelques études très indépendantes et les chiffres des instituts de sondage des pays qui ont lancé la radio numérique comme en Angleterre par exemple. Un succès mitigé. Six millions de récepteurs vendus, mais combien à remplacer ? La vente de récepteurs de radio analogique est encore de 80% au premier semestre 2008 (source GfK - DRDB), 10 ans après le lancement du DAB. Le nombre d'auditeurs de plus de 15 ans de la radio numérique en Angleterre peine à s'approcher des 10% (9.3% source RAJAR) contre plus de 70% (72% source RAJAR) au 1er semestre 2008 qui écoutent encore l'analogique. 7% de plus qu'au 2ème semestre 2007 ! La raison ? L'analogique est encore présent. Le gouvernement anglais vient d'ailleurs d'annoncer l'extinction totale de l'analogique en 2020 pour les radios du service public et les radios nationales et régionales. Les locales pourront encore continuer sur la FM au-delà de 2020. Pas bon signe pour l'audience de la radio numérique en France qui ne compte pas arrêter l'analogique de si tôt.
Soyons visionnaires. Imaginons que la bande III soit intégralement réservée à la radio numérique. Le coût de la double diffusion pour l'ensemble des radios ne trouvera pas d'équilibre avant au minium 5 ans si l'analogique est encore présent. La couverture ne sera pas de plus de 30% pendant 3 ans quoiqu'il arrive. Même avec beaucoup d'efforts et amendements dans la loi, les récepteurs de radio numérique pourraient être obligatoire pour tous les récepteurs vendus (à l'instar des écrans de Télé avec TNT intégré) à partir de 2012 et ce progressivement. Mais la loi ne va pas obliger les Samsung et Nokia à intégrer un chipset DMB dans les téléphones portable de Monsieur Tout-le-monde. Ces téléphones seront équipés du DVB-H, norme concurrente du DMB coréen. Samsung l'a déjà annoncé : pas de DMB.
Interactivité et BIFS
Le fameux DMB à la française pour la radio qui ridiculise la France au niveau international et qui permet de l'interactivité. Une interactivité qui est annoncée pour permettre des sondages interactifs ou qui permet à l'auditeur d'interagir avec l'animateur en envoyant un message grâce à une voie de retour. La "Radio augmentée" disponible uniquement pour les heureux détenteurs de récepteurs avec écran. Les autres ? Ils pourront tout simplement utiliser leur téléphone portable en envoyant un SMS ou en se connectant au site web sur leur iPhone ou autre portable pour participer aux sondages interactifs comme ils le font déjà. Cette interactivité fonctionne grâce au BIFS qui ne fonctionnaient qu'avec le T-DMB jusqu'à ce jour mais qui est en cours d'ajout au WorldDMB pour fonctionner avec le DAB et le DAB+. Une technologie très onéreuse à mettre en place et utilisée par quelques services de télévision mobile en Corée aujourd'hui. Plus aucun intérêt à choisir le T-DMB, le DAB+ bénéficiant à son tour de l'interactivité par les BIFS. Autre exemple d'interactivité, Nokia, qui intègre la FM sur ses téléphones. L'interactivité passe par le WAP/GPRS pour l'interaction avec les auditeurs. C'est le Visual Radio. Un tiers des portables peuvent utiliser cette interface dans les pays ou le service à été lancé. Mais les auditeurs écoutent la FM et les radios n'utilisent que peu cette interface pourtant très interactive et présente sur des millions de téléphones portables.
Et le DAB+ ?
Le DAB+ quant à lui, fait maintenant partie intégrante des discussions. Il est dans le Livre blanc du GRN aux côtés du DAB et du T-DMB. Pourquoi faut-il maintenant ajouter le DAB+ sur les récepteurs en Europe puisque selon le GRN, le DAB+ n'est utilisé nulle part ? La solution ne serait-elle donc pas de laisser choisir les radios la norme qu'elles désirent en France aussi ? Car quoi qu'il arrive les récepteurs seront vendus en Europe sans écran. Quel est donc l'intérêt de refuser le DAB+ en France ? L'interactivité est aussi possible en DAB+ et cette norme est conçue pour la radio. C'est donc la réduction de l'offre et l'opportunité d'éviter la concurrence des plus petites stations et des vrais nouveaux entrants qui est privilégiée par le choix du T-DMB. Dans la réponse du CSA au dividende numérique, le DVB-T2 fait son apparition, permettant d'augmenter de 30% la capacité du DVB. Pourquoi le DAB+ n'est-il pas présent dans la réponse du CSA. Il permettrait lui d'augmenter de 50 à 70% la capacité du T-DMB. Y-aurait-il une entente de bons procédés ? Le GRN serait-il tellement puissant ?
Quid des auditeurs ?
Le DAB permet bel et bien de diffuser des images depuis sa création dans les années 80. De nombreuses radios s'étaient lancées dans les données associées et ont vite arrêté car les auditeurs achetaient des récepteurs moins chers qui ne permettaient pas d'afficher de l'image mais simplement d'écouter la radio comme ils en avaient l'habitude, de connaître en plus le titre en cours, d'enregistrer, de pauser et surtout d'avoir plus de choix avec des programmes exclusifs. Le prix et l'offre, les deux piliers d'un lancement commercial optimal, sont bien malmenés en France. Il en va de même pour l'un des éléments qui a fait le succès du lancement de la TNT - dont la radio est étrangement absente en France - la vraie nouveauté et la diversité des contenus. Se préoccupe t-on vraiment des auditeurs et sommes-nous tellement différents de nos voisins européens ? Les technologies à la française nous ont souvent porté tort simplement pour favoriser une poignée d'industriels français et aujourd'hui coréens. Mais le marché est européen et il semble très risqué d'imposer une nouvelle culture et de nouveaux usages pour un média dont le rôle est principalement d'accompagner.
Eléa Vidal (elea.vidal_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation
http://www.radioactu.com/actualites-radio/93189/la-radio-numerique-un-futur-compromis/
Eléa Vidal pour RadioActu
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Commenter
02-07-2008 01:18:08 par NeoFan
Remarquable article!Tout est clair, compréhensible...SUITE >
02-07-2008 08:14:42 par Non non et non
Personellement la radio numérique je n'y crois déj...SUITE >
02-07-2008 08:50:16 par david
bravo pour votre papier sur la radio numerique, tr...SUITE >
02-07-2008 09:24:38 par zeboss
Bonjour,Appuyer là où cela fait mal, bravo et en t...SUITE >
02-07-2008 10:36:14 par Alain Dupré
Trés bonne analyse, le meilleur article sur la rad...SUITE >
02-07-2008 11:27:10 par Marc
Pour ma part, je ne suis pas forcément aussi éclai...SUITE >
02-07-2008 12:59:28 par les pieds dans l'paf !!
ça sent sapin pour les radios "dites" li...SUITE >
02-07-2008 13:13:56 par anticonformiste
Bref retour à la case départ ... ! on revient par ...SUITE >
02-07-2008 14:02:39 par zeboss
Marc a écrit:Néanmoins, je suis surpris de ne voir...SUITE >
02-07-2008 14:09:21 par zeboss
anticonformiste a écrit:Bref retour à la case dépa...SUITE >
02-07-2008 16:53:10 par Julien
Hello,Petit message de Suisse où la radio numériqu...SUITE >
02-07-2008 17:03:33 par radiomaniak
La radio numérique est une occasion unique d...SUITE >
03-07-2008 08:42:37 par s0n1k
Excellent article qui fait réellement plaisir à li...SUITE >
03-07-2008 17:47:04 par radiolive
merci beaucoup d'avoir écrit avec détails et force...SUITE >
03-07-2008 17:54:21 par Pen Ar Bed
Ouffff !!!!!!!! Enfin !!!!!!!! Merci !!!!!!!!Quelq...SUITE >
06-07-2008 00:31:20 par Monsieur Turbo Musik
bonjour,la différence avec les radios autorisées p...SUITE >
19-07-2008 16:45:19 par Stevens
Je pense qu'il est maintenant l'heure de faire une...SUITE >
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