Audiovisuel – François Hollande a reçu les patrons des radios et TV nationales privées

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Annoncée en 2008 par l’ancien président Nicolas Sarkozy et appliquée l’année suivante, la fin de publicité sur France Télévisions après 20 heures, qui devait être étendue à l’ensemble des programmes en 2016, s’est heurtée à un oubli de taille de la part de l’ancienne majorité : comment financer le manque à gagner des chaînes publiques, estimée à 1,2 milliard d’euros ? C’est l’un des dossiers brûlants que l’ancienne majorité a légué au nouveau président, François Hollande. Car c’est tout l’équilibre du paysage audiovisuel français qui est aujourd’hui menacé. Depuis le lancement de la TNT, la publicité doit assurer le financement d’un nombre de chaînes de télévisions privées pléthoriques, passé de 2 chaînes privées analogiques en 2005 à 18 chaînes privées en 2012, auxquelles s’ajoutent 7 chaînes publiques. Le marché publicitaire est-il capable de supporter une telle offre de programmes, avec un public de plus en plus segmenté ? Difficile d’y croire, d’autant qu’en 2012, le marché publicitaire, tous médias confondus, a enregistré un recul de 3,5%. Si la télévision continue à capter l’essentiel des recettes publicitaires, avec 3,337 milliards d’euros en 2012, elle accuse elle aussi un recul de 4,5%. La situation est également délicate pour la radio, qui bien qu’écoutée par plus de 43 millions de personnes chaque jour, reste le parent pauvre de la publicité, avec seulement 739 millions d’euros de recettes en 2012, en recul de 1,2% (source Irep).

Ce mardi 2 avril, François Hollande a donc reçu à l’Élysée Nicolas de Tavernost (M6), Alain Weill (NextRadioTV), Christopher Baldelli (RTL Group), Jean-Paul Baudecroux (NRJ Groupe), Denis Olivennes (Lagardère Active), Pascal Houzelot (chaîne TNT N°23) et François Morinière (L’Équipe). Cette rencontre s’est déroulée en présence d’Aurélie Filipetti, Ministre de la Culture et de la Communication, et David Kessler, conseiller culture et communication de François Hollande. Après avoir appelé de leur voeux le lancement de nouvelles chaînes privées sur la TNT, ces derniers s’inquiètent de la capacité du marché publicitaire à les financer, même s’ils ont toujours affirmé l’inverse pour justifier le lancement de ses nouvelles chaînes. Des 4 grands groupes privées représentés aujourd’hui à l’Élysée, tous affichent d’excellents résultats financiers, tant sur leurs activité de radio que de télévision, cette dernière est même devenue pour certain d’entre eux le principal relais de croissance pour les prochaines années. Ils entendaient donc obtenir de François Hollande l’assurance que la publicité aurait totalement disparu sur les chaînes publiques en 2016. Une option que le gouvernement ne semble pas en mesure d’envisager : le groupe France Télévisions prévoit une perte de 42 millions d’euros en 2013 et va devoir réaliser plus de 300 millions d’euros d’économies. Seule option, et elle a déjà été utilisée par le gouvernement pour continuer à maintenir le financement de l’audiovisuel public : une hausse de la redevance de 6 euros, qui est ainsi passée de 125 à 131 euros annuels, et qui reste très en deça des redevances allemandes et britanniques.

En clair : c’est le téléspectateur contribuable qui vient financer le service public de l’audiovisuel pour compenser les mesures décidées par Nicolas Sarkozy, et qui vient indirectement soutenir le développement des nouvelles chaînes privées. Dans l’état actuel, le Président de la République n’a fait aucune annonce. Il s’est néanmoins montré attentif aux doléances des patrons de chaînes de radio et de télévision privées. « Il nous a dit qu’il remettrait les choses à plat si la taxe télécom qui finance le service public aujourd’hui était remise en cause par Bruxelles. En dehors de cette hypothèse, il a clairement exclu un rétablissement de la publicité après 20 heures », a confié l’un des participants à cette réunion cité par l’agence Reuters. Problème : cette taxe, qui rapporte près de 400 millions d’euros par an à France Télévisions, n’est pas du goût de la Commission Européenne qui pourrait demander sa suppression par la France. « Nous avons l’impression d’avoir été entendus », a néanmoins expliqué Alain Weill, selon des propos rapportés par l’AFP, ajoutant que François Hollande « n’a pas envie de déstabiliser les entreprises privées en changeant les règles du service public ». Pour sa part, Christopher Baldelli a estimé que « le Président a été très attentif à la volonté de trouver un équilibre sur le marché et surtout au développement de médias, qu’ils soient publics ou privés ». Le Président de la République a demandé à ses interlocuteurs de formuler des propositions et de revenir vers lui rapidement.

Crédit photos : Présidence de la République – L. Blevennec


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