Mélodie FM – Condamnée à mort par le CSA

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Dirigée par Pierre Labaquère et créée le 11 juillet 1983, la station Mélodie FM vient tout juste de fêter son 20ème anniversaire. Installée à Oloron-Ste-Marie, la station bénéficie de deux fréquences dont les titulaires sont l’association d’organisation des loisirs de la jeunesse pour Oloron (97.3 FM) et l’association Impact 2000 pour Pau (90.2 FM). Depuis sa création, Mélodie FM a bénéficié à 4 reprises du renouvellement automatique de ses autorisations d’émettre. En mai 2001, le CSA se prononce favorablement pour la reconduction hors appels aux candidatures et après signature d’une nouvelle convention, de 73 stations dans le ressort du CTR de Bordeaux, dont Mélodie FM en catégorie B. Parallèlement, il se déclare opposé à la reconduction de Blackbox (Bordeaux) et Chérie FM Orthez. Deux stations « dont la situation financière ne permet pas la poursuite de l’exploitation de leur service dans des conditions satisfaisantes », estime à l’époque le CSA. Ces deux stations seront finalement reconduites quelques temps plus tard, en dépit de l’avis défavorable émis en premier lieu par le CSA.

Dans le même temps, les annexes de la nouvelle convention de Mélodie FM sont adressées par le CSA à un homonyme du président de Mélodie FM. La station ne prendra connaissance de ces courriers qu’en décembre 2001 lors du décès de cet homonyme, et en informera André-Paul Weber du CSA auprès duquel Pierre Labaquère sollicitera un entretien. Ce courrier restera lettre morte et les deux fréquences de Mélodie FM vont alors faire l’objet d’un appel aux candidatures partiel lancé le 27 février 2002 dans le ressort du CTR de Bordeaux. Le 28 mai 2002, Mélodie FM fait partie des candidats admis à concourir en catégorie B. La station est naturellement candidate à la réattribution de ses deux fréquences. Coup de théâtre : contre toute attente, lors de son assemblée plénière du 8 avril 2003, le CSA va présélectionner le réseau national Skyrock sur la zone d’Oloron-Sainte-Marie (97.3 FM) et la station parisienne Radio Nova sur la zone de Pau (90.2 FM). Cette décision va provoquer la stupeur de Pierre Labaquère qui dépose un recours gracieux auprès du CSA. Examiné en séance plénière le 27 mai 2003, le CSA rejette le recours déposé par Mélodie FM, invoquant l’article 29 de la loi du 30 septembre 1986 modifiée.

Pierre Labaquère a expliqué à RadioActu que Mélodie FM « remplit toutes les conditions de cet article 29 », en particulier concernant « l’expérience acquise par le candidat » (alinéa 1), le financement de la station (alinéa 2) et  » contribution à la production de programmes réalisés localement » (alinéa 5). Il dénonce le mutisme du CTR de Bordeaux, dont il déplore « l’esprit de favoritisme, sans compter le fait de ne pas appliquer la loi qui est un abus de pouvoir majeur ». Se référant toujours à l’article 29, qui stipule que le CSA « veille également au juste équilibre entre les réseaux nationaux de radiodiffusion, d’une part, et les services locaux, régionaux et thématiques indépendants, d’autre part », Pierre Labaquère explique que sur le bassin de Pau, qui compte 50 000 habitants, « le CSA a placé deux stations en catégorie D, une en A et a supprimé une B existant depuis 20 ans, sans compter les 8 fréquences du service public ». Contacté par RadioActu, le CTR de Bordeaux est actuellement injoignable.

S’étonnant de l’opacité des décisions prises par le CTR de Bordeaux et le CSA, Pierre Labaquère dénonce « le processus opaque des attributions de fréquences » et estime que « des autorisations sont généreusement attribuées » à certains opérateurs. Il estime également être victime « d’un règlement de comptes », tandis que près de 200 maires, élus locaux et parlementaires ainsi que des associations sportives ont apporté officiellement leur soutien à Mélodie FM. « Malgré ce que peuvent affirmer les représentants du CSA, nous n’avons jamais été entendus par le CTR de Bordeaux qui a toujours refusé de nous recevoir », affirme Pierre Labaquère. Il s’interroge également sur les raisons qui ont poussé le CTR de Bordeaux a reconduire des opérateurs qui ne remplissait pas les conditions fixées par la loi.

Alors que ses deux fréquences ont été attribuées à des opérateurs parisiens, Mélodie FM s’apprête donc à déposer son bilan et à cesser ses émissions, contrainte et forcée par une décision inexpliquée du CSA. Pierre Labaquère n’entend cependant pas en rester là et va entamer plusieurs actions en justice à l’encontre du CSA. Pierre Labaquère affirme disposer de preuves du dysfonctionnement du CTR de Bordeaux. « Il s’agit bien d’une loi qui est bafouée et le favoristisme bat son plein », déplore t-il. Le président de Mélodie FM va également déposer un recours devant le Conseil d’Etat et envisage de poursuivre l’autorité de régulation devant les instances européennes. En attendant, Mélodie FM vit ses derniers jours avant la mise en service des émetteurs de Skyrock et Radio Nova. Malgré Malgré l’important soutien apporté à Mélodie FM, le paysage radiophonique du Béarn va ainsi voir mise à mort une de ses plus anciennes stations locales.


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