Oüi FM – Entretien avec Michael Gentile (2/2)

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RA : Sans polémiquer, l’arrivée du Mouv’ a, d’une certaine façon, obligé Oüi FM à réagir. Est-ce que cela s’est traduit par des changements stratégiques dans la programmation ?
MG : Non, car je pense que l’erreur serait de se déterminer par rapport au Mouv’, ou aux autres. La sanction sera celle des auditeurs. Le vrai débat a été posé au moment de l’arrivée du Mouv’, à savoir le rôle du service public en matière radiophonique. Maintenant, Le Mouv’ est là, il est installé, on en va pas polémiquer inutilement. Nous sommes dans une compétition logique de radio. La seule chose, c’est que c’est quand même mieux lorsque l’on se bat avec les mêmes armes, en étant soumis aux mêmes contraintes, aux mêmes quotas et aux mêmes obligations.

RA : Justement, pourquoi Oüi FM n’a t’elle pas cherché à se développer au niveau national ?
MG : Dire qu’elle n’a pas cherché à le faire, c’est faux. Je peux parler de ce qui s’est passé depuis que je dirige cette radio, depuis 1997. Je suis arrivé après ce que l’on a appelé le « Yalta des fréquences » qui a eu lieu au printemps 1997 où les réseaux qui avaient racheté en sous-main des radios ont remis leurs fréquences sur la table et il y a eu redistribution. A ce moment-là, des radios B locales, comme Nova et d’autres, ont postulé pour avoir des fréquences. Mon prédécesseur ne l’a pas fait. Quand je suis arrivé, ce combat était passé. Il ne restait plus que des miettes, et de toute façon le CSA m’a clairement fait comprendre qu’il n’était pas question de favoriser la constitution d’un Il est noble d’être une radio locale fortenouveau réseau national. En plus j’arrivais avec l’étiquette du groupe Virgin, donc avec plein de suspicion de la part du CSA. Il a fallu montrer patte blanche et que nous étions là pour respecter notre cahier des charges et la régulation, ce que nous avons fait. Nous aurions adoré, et moi le premier, avoir un développement national, mais on ne nous l’a pas permis. Je trouve qu’il est noble pour une radio d’être locale, forte, surtout en Ile-de-France qui est un bassin important. Ce n’est pas pénalisant et nous ne sommes pas pour autant une radio de deuxième catégorie parce que nous ne sommes pas national.

RA : Vous multipliez les émissions en extérieur, notamment à Oberkampf et au Gala de l’Ecole Centrale. C’est aussi une façon de renforcer votre présence à Paris…
MG : Exactement. Nous jouons à fond notre aspect régional et local en allant dans la rue et en sortant la radio. Il y a eu effectivement la journée Oberkampf avec Lenny Kravitz, il y a eu Centrale. Nous allons donc sortir les émissions une à deux fois par mois, mais aussi continuer nos concerts privés avec nos auditeurs, nos sessions Ketchup & Marmelade.

RA : L’une des émissions phare de Oüi FM était « Le Monde de Monsieur Fred ». Pourquoi l’avoir arrêtée ?
MG : Elle s’est arrêtée parce que Frédéric Martin était exsangue après trois ans de quotidienne. Nous avons essayé une formule intermédiaire pendant quelques mois, où il était là quelques jours, et puis il a préféré jeter l’éponge en décembre, à deux doigts de la dépression nerveuse parce qu’il ne tenait plus le rythme. J’aurais adoré continuer l’émission, mais ça ne veut pas dire que demain nous ne retravaillerons pas avec Frédéric Martin s’il en a envie. En terme de programmes, nous avons essayé de trouver une réponse qui soit autre chose, en mettant « Guerilla Radio » en quotidienne. C’est une réponse musicale, mais ça me semblait important, au moment où il y a un certain dynamisme sur ce courant musical, de lui donner un créneau le soir à partir de 23 heures. C’est tout-à-fait dans la mission de Oüi FM d’avoir ce type de programme. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a plus de place pour l’humour sur Oüi FM, il y en a le matin avec Perrin et Porte, et si demain nous trouvons un show radiophonique qui tienne la route, je le mettrais à l’antenne très vite.

RA : Plus généralement, est-ce qu’avec l’arrêt du « Monde de Monsieur Fred », Oüi FM n’a t’elle pas perdu un peu de son côté rebelle ?
MG : Il ne faut pas faire de la provocation pour faire de la provocation. Pour moi le pire dans la provoc c’est ce qu’on fait certaines radios jeunes en parlant de cul à l’antenne pour se donner l’impression d’être rebelles. Mais trouver des talents indépendants, subversifs à leur manière fait partie de notre esprit car nous sommes foncièrement indépendants. Nous ne faisons pas partie d’un grand groupe qui a des ramifications dans l’audiovisuel où il faut protéger certaines personnes. Nous avons des esprits libres ici. Je reste vigilant à ce que l’information et le contenu des journaux soit le plus objectifs possibles, mais dans les chroniques et les émissions, si une prise de parole insolente est pertinente, je suis le premier à l’encourager.

RA : D’un point de vue financier, comment se porte Oüi FM ?
MG : Plutôt très bien, puisque la radio fait des bénéfices depuis 3 ans. La montée d’audience, la professionnalisation des équipes de Oüi FM et la qualité des prestations des régies qui nous ont vendu fait qu’à l’arrivée nous avoisinons les 35 millions de francs de chiffre d’affaires. Pour une locale privée, c’est assez conséquent.

RA : Vous avez développé des activités Internet, avec en particulier des déclinaisons du format de Oüi FM qui sont aujourd’hui abandonnées. Pour quelles raisons ?
MG : Comme tout le monde, nous avons eu des années glorieuses en 2000-2001 avec la fameuse « bulle Internet ». Nous avons réinvestit une partie de nos bénéfices en se disant que c’était un développement intéressant. Le problème c’est que le modèle économique n’a pas suivi. Il n’y avait pas de marché et de revenus publicitaires suffisants pour financer ce développement. Nous avons donc réduit nos ambitions, en évitant de fermer complètement nos activités internet. Notre site est très dynamique et nous avons réussi à le sauver, mais nos moyens financiers ont été revus à la baisse. Aujourd’hui, il n’y a pas de modèle économique viable pour un site de contenu comme le nôtre. De plus, concernant nos webradios thématiques, il y avait un débat avec les sociétés de droits d’auteur, et plutôt que d’aller dans le mur, nous avons préféré arrêter.

RA : La FM a 20 ans, quel regard portez-vous sur son évolution de manière générale et comment Oüi FM a t’elle réussi à s’imposer là ou d’autres se sont cassé les dents.
MG : J’ai commencé ma carrière professionnelle avec Radio 7, qui était en quelque sorte l’ancêtre du Mouv’ car c’était la septième radio de Radio France en 1980. C’était un peu un gadget giscardien de l’époque pour contrer les futures radios libres. Ca a été une expérience professionnelle formidable car nous étions une vingtaine de jeunes à faire une radio que j’estime magique. C’était une vraie belle radio de contenu. Mais là où nous rejoignons la problématique du Mouv’, c’est nous n’avions qu’une fréquence parisienne et Radio 7 n’a pas eu de développement national, et puis surtout, les radios libres sont arrivées et se sont installées. Radio 7 a été fragilisée et à ce moment là, il y a eu un choix et Radio 7 s’est mise à faire la même chose que les radios privées et a perdu très vite son âme. En 1986, Radio France a créé France Info sur les décombres de Radio 7, ce qui n’était pas un mauvais choix. J’ai donc quitté Radio 7 et au fur et à mesure que les radios se sont professionnalisées, elles ont perdu ce petit supplément d’âme.La bande FM est extrêmement formatée On a jeté le bébé avec l’eau du bain et c’est dommage. Aujourd’hui, la bande FM, bien que très éclectique, est extrêmement formatée. Les fréquences ont été partagées entre trois grands groupes qui contrôlent tout, avec de l’autre côté des associatives qui sont marginales mais qui sont importantes. Oüi FM a eu la chance d’avoir un groupe, notamment Virgin, qui m’a donné les moyens pour développer la radio. Cela a créé une dynamique autour de la radio, de ses équipes, et aujourd’hui nous sommes à un niveau confortable. J’espère que nous allons continuer à progresser. Le contexte économique de la radio a été modifié, et je pense d’ailleurs que l’apparition du GIE Les Indépendants a été très importante pour les radios locales en leur donnant accès à la publicité nationale. C’est cet ensemble de facteurs qui ont permis à Oüi FM de se renforcer depuis quelques années.


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