Sud Radio – Condamnée à 150 000 € pour le licenciement de la rédactrice en chef

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C’est un jugement particulièrement sévère qu’a rendu le Conseil des Prud’hommes de Toulouse à l’encontre de Sud Radio en avril dernier. En septembre 2009, la direction de la station, présidée par Jean-Éric Valli, décidait de se séparer de Pascale Lagorce, pour « faute grave » et en lui reprochant « l’instauration et entretien d’une situation de mésentente caractérisée », le « dénigrement de la société et de la direction auprès de plusieurs collaborateur » ainsi qu’un « manque évident et délibéré d’implication et d’activité dans l’exécution du contrat de travail ». Pascale Lagorce a intégré Sud Radio en 1992 comme journaliste, et a notamment animé pendant plusieurs années l’émission « Rugby et Compagnie ». En octobre 2005, la station est cédée au groupe Start et à la holding Sudporters, tandis que Pascale Lagorce est nommée responsable d’édition des sports en juillet 2007, puis rédactrice en chef en février 2009. Auparavant, pas moins de 3 responsables de l’information s’étaient succédés à ce poste entre 2005 et 2009. « La dernière promotion de Pascale Lagorce semblait être intervenue dans un climat social particulièrement altéré, caractérisé notamment par un nombre invraisemblable de départs de collaborateurs », soulignent les avocats de Pascal Lagorce. Ils ajoutent que la nomination de Pascale Lagorce s’est traduite par « le début d’une dégradation des relations contractuelles » ainsi que « des intrusions constantes » de la direction de Sud Radio « dans son périmètre de délégation ». Quelques mois plus tard, en août 2009, les avocats de Pascale Lagorce font état d’une « véritable agression verbale » de Mathieu Quétel, directeur général de la station. Pascale Lagorce a alors demandé la résolution de son contrat de travail, tandis que simultanément Sud Radio décidait d’engager une procédure de licenciement à son encontre.

C’est dans ce climat particulièrement délétère que, en décembre 2010, la Commission Arbitrale des Journalistes, présidée par François Ballouhey, conseiller à la Cour de Cassation, saisie par Pascale Lagorce, a statué en rejetant l’existence d’une faute grave. La Commission a alors fixé à 78 000 euros l’indemnité de licenciement de Pascale Lagorce. Parallèlement, la procédure se poursuivait au Conseil des Prud’hommes de Toulouse. Dans les attendus du jugement, que RadioActu s’est procuré, le Conseil a constaté que Pascale Lagorce « n’a jamais reçu le moindre avertissement que ce soit sur ses prestations » et qu’elle « justifie d’une ancienneté de 18 années exemptes de tout reproche ». Le Conseil ajoute que « l’employeur motive sa décision par des faits qu’il n’a pas jugé utiles de sanctionner en juillet les considérant insuffisamment graves », précisant que « l’employeur n’apporte aucun élément probant pouvant faire reposer la mésentente uniquement sur la mauvaise volonté de Pascale Lagorce » et a tenté de la pousser « à une prétendue démission qu’elle aurait souhaité, chose que cette dernière dément formellement ».

Le Conseil des Prud’hommes explique également que la direction de Sud Radio n’a apporté aucune solution aux problèmes soulevés par Pascale Lagorce, mais « qu’au contraire elle les exploite pour se séparer d’une salariée exemplaire pendant 18 années de service ». Le Conseil des Prud’hommes de Toulouse a donc estimé que le licenciement de Pascale Lagorce « ne repose pas sur une cause réelle et sérieuse » et a condamné Sud Radio à verser 60 000 euros au titre des dommages et intérêts pour le licenciement sans cause réelle et sérieuse. À cette somme s’ajoutent près de 14 000 euros au titre du préavis, 1 400 euros au titre des congés payés et 1 500 euros au titre de l’article 700 du CPC, soit au total près de 77 000 euros. Cette somme vient s’ajouter aux indemnités accordées par la Commission Arbitrale des Journalistes, soit au total 155 000 euros. Sud Radio a décidé de ne pas faire appel de la décision du Conseil des Prud’hommes de Toulouse. Cette lourde condamnation intervient alors que Sud Radio Groupe, confronté à d’importantes difficultés financières et à une audience en berne, fait l’objet d’un plan de sauvegarde depuis août 2010.


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