La polémique Thy secoue la radio australienne

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Illustration – Moribuz Studio/Adobe Stock.

Depuis plusieurs mois, les auditeurs de CADA, station de radio branchée de Sydney, vibraient au rythme de « Workdays with Thy », un programme musical enjoué mêlant hip-hop, R&B et pop. Derrière cette voix jeune, souriante et « ultra-diverse » en apparence, ils imaginaient une animatrice en chair et en os. Pourtant, Thy n’a jamais existé.

Révélée début avril par la journaliste Stéphanie Coombes dans The Carpet, l’affaire a fait grand bruit : Thy est en réalité une création 100 % artificielle, générée par l’outil vocal ElevenLabs. Son timbre est directement inspiré d’une salariée du service finance de la station, à son insu et sans rémunération.

Pendant près de six mois, CADA a entretenu l’illusion sans jamais préciser que la voix de son animatrice vedette n’était pas humaine. Résultat : près de 72 000 auditeurs ont été dupés, croyant suivre une véritable professionnelle symbolisant la diversité tant valorisée dans les médias australiens.

C’est l’étrangeté de son absence numérique – aucun compte Instagram, aucun post LinkedIn, aucune trace réelle – qui a mis la puce à l’oreille à Stéphanie Coombes. Une analyse fine de plusieurs extraits audio a confirmé ses soupçons : intonation trop parfaite, aucune variation émotionnelle, signatures vocales mécaniques… Le portrait type d’une intelligence artificielle.

Face au scandale, ARN Media, maison-mère de CADA, a dû reconnaître les faits. L’entreprise a justifié ce choix par une volonté de flexibilité et de réduction des coûts, mais la manœuvre est dénoncée comme une instrumentalisation cynique de la diversité. « Les auditeurs ont droit à la vérité sur ce qu’ils écoutent », a martelé Teresa Lim, vice-présidente de l’Australian Association of Voice Actors.

Le tollé dépasse le simple cas CADA : il touche à des enjeux fondamentaux pour la radio et les médias en général — l’authenticité, la confiance du public, le respect du travail humain. D’autant que ce n’est pas la première fois : aux États-Unis, Sirius XM a mené des expériences similaires, tout comme plusieurs stations polonaises, souvent contraintes de reculer face à la mauvaise presse.

À ce jour, aucune réglementation n’impose aux radios de déclarer l’usage d’IA à l’antenne, mais le débat est désormais lancé en Australie. Peut-on accepter qu’une intelligence artificielle se fasse passer pour un être humain sans avertir le public ? Où fixer la frontière entre innovation technologique et manipulation ?

Pendant ce temps, Thy poursuit son programme quotidien, imperturbable. L’affaire CADA rappelle brutalement que si les technologies de voix synthétique progressent à vitesse grand V, la question éthique, elle, reste largement à construire.

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