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Jean-Paul CLuzel, PDG de Radio France, a exprimé sa satisfaction après les derniers résultats d'audience du service public. Il a également évoqué ses objectifs pour France, ainsi que la disparition de la publicité sur les antennes de Radio France et la déploiement prochain de la radio numérique.
RadioActu : Radio France confirme sa position de 1er groupe radiophonique en France, ce sont des résultats plutôt satisfaisants dans l'ensemble ?
Jean-Paul Cluzel : Oui, ce qui fait particulièrement plaisir, c'est que toutes les radios du groupe sans exception se portent bien. Ce qui fait que notre audience globale est à 26.5%, le groupe NRJ n'étant qu'à 25% et le groupe RTL qu'à 23.6%. Je pense que rarement nous avons eu un tel écart avec nos concurrents, donc ça me fait très plaisir évidemment. Nous avons travaillé sur toutes nos chaînes. Je pense que le travail qui a été fait sur France Info et France Inter dynamise tout le groupe, ça donne une bonne ambiance. Sur France Culture, nous recueillons les fruits d'un travail de très longue haleine. France Bleu avait eu une faiblesse que d'ailleurs on s'était mal expliquée sur septembre-octobre 2007.
RA : Justement, les résultats de France Bleu ne sont-ils pas un peu décevants ? La station progresse légèrement en durée d'écoute, mais c'est une petite progression par rapport une vague. Il reste encore une marge de progression...
J.-P. C : Je pense qu'il y a de la marge. Christiane Chadal en parlera le moment venu. Elle a quelques idées, elle connaît parfaitement les choses et il y aura évidemment des améliorations. Elle va apporter sa touche à partir de la rentrée. Nous avons évidemment sur France Bleu un potentiel de progression. De la même manière, je pense que les résultats de France Inter peuvent être encore meilleurs. A vrai dire, on a sans doute pâtit des grèves. Il se trouve que l'audience de France Inter commence plus tard que celle de nos concurrents. Elle commence surtout à partir de 7h. France Inter est peu écoutée en voiture. Elle est davantage écoutée à la maison. Les auditeurs ayant dû partir plus tôt à cause des grèves, on a dû pâtir des changements des habitudes. France Inter, c'est vraiment une radio qu'on écoute chez soi, contrairement aux autres stations. L'écoute de France Inter ne se fait pas en automobile. Donc à partir du moment où les auditeurs ont dû partir plus tôt, ce n'est pas favorable à la station.
RA : Lors de vos voeux, vous avez évoqué le travail que vous allez effectuer sur France Bleu. Sans en dévoiler les pistes, quelle serait, pour vous, l'audience naturelle de la station ?
J.-P. C : Il me semble qu'au cours de 2009 nous devrions dépasser la barre des 7% d'audience. C'est un beau réseau. Nous ne pouvons pas exclure un petit frémissement sur France Bleu IDF, qui a atteint de nouveau 1%, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Gagner quelques dixièmes de points sur l'Ile-de-France a évidemment de grandes conséquences sur l'ensemble du réseau. L'idée générale de Christiane Chadal est qu'il y ait une bien meilleure harmonie entre la programmation musicale et le reste de l'antenne. Une espèce de continuité de l'antenne et une meilleure animation sont de très bonnes idées.
RA : La progression de France Info signifie t-elle que le chantier que vous avez mis en place avec Patrick Roger est achevé aujourd'hui ?
J.-P. C : Je ne pense pas. Je crois que là aussi nous avons une marge de progression. D'ailleurs Patrick continue d'améliorer constamment sa grille, avec des petites innovations et ajustements qui ont été mis en place à partir de lundi dernier [NDLR : le 14 janvier]. Là aussi, il y a du potentiel. C'est bien difficile de faire des prédictions. C'est vrai que l'ensemble des radios parlées se porte bien. Est-ce que cela va continuer ou non ? Nous sommes un peu tributaires de la conjoncture générale. Si elles se portent plutôt bien, je ne vois pas pourquoi nos principales radios ne continueraient pas de bénéficier du fruit d'un travail très réel qui a été fait.
RA : A propos d'actualité, est-ce que, oui ou non, la publicité va disparaître à plus ou moins moyen terme, des antennes de Radio France ?
J.-P. C : C'est très clair, je l'avais laissé entendre dans mes voeux. Christine Albanel l'a confirmé à la fois sur l'antenne de France Inter et l'Assemblée Nationale. Le Président de la République l'a dit aussi je crois lors de ses voeux aux Forces Vives. Il souhaite explicitement que la mesure s'applique aussi à Radio France, certainement à partir du 1er janvier 2009.
RA : Pour vous, cela pourrait se traduire par une augmentation de l'audience ?
J.-P. C : Il y avait déjà peu de publicité sur les antennes de Radio France. C'est vrai que cela peut avoir un effet bénéfique.
RA : Le débat autour d'une ouverture vers de nouveaux annonceurs est donc obsolète ?
J.-P. C : Oui, complètement obsolète. Je vous rappelle que je ne voulais pas augmenter la place de la publicité. Notre problème était de garder des recettes et éviter que des annonceurs soient interdits successivement chaque année. Si la loi est votée, cette question est effectivement obsolète.
RA : Sur le sujet de la radio numérique, auriez-vous des précisions à apporter sur la stratégie de Radio France ? Savez-vous déjà comment vous allez aborder le T-DMB, avec quels programmes, avec quels moyens ?
J.-P. C : Les programmes seront les mêmes. En revanche, il y aura des données associées qui viendront compléter le programme parlé.
RA : Est-ce que vous ne regrettez pas le manque de place qu'il y aurait pu avoir pour les webradios que Radio France a développé et qui auraient pu trouver leur place sur le numérique ?
J.-P. C : Nous avons déjà 7 chaînes.... De facto, nous allons avoir de nouvelles radios sur le numérique. Le FIP et Le Mouv' sont loin d'être diffusées partout en France. France Info aussi est loin d'avoir une diffusion nationale puisque seulement 75% de la population est couverte par la station. Il y aura donc au moins deux de nos radios qui auront à terme une diffusion nationale, avec des potentiels qui ne sont pas négligeables. En régions, FIP est entre 3 voire 5% et Le Mouv' entre 4 et 7%. Ce ne sont pas de petits potentiels. Nous ne sommes pas comme en Angleterre où à Londres il y avait, je crois, 25 radios analogiques. Le DAB donc représentait quelque chose. Là, dans la plupart des grandes agglomérations françaises, vous en avez une quarantaine. Par ailleurs, il y a une quantité de radios qui se développent sur Internet et c'est infiniment moins coûteux en terme de diffusion, alors que nous ne connaissons pas encore les coûts de la diffusion en numérique. Dans le meilleur des cas, ça sera entre le tiers ou le quart de la diffusion en analogique. Cela n'est pas complètement négligeable. Créer de nouveaux réseaux avec des potentiels d'écoute tout de même limités pour un coût de diffusion élevé, alors que vous pouvez faire tout cela sur le Net, franchement est-ce que cela en vaut la peine ? Encore une fois, le paysage français a beaucoup de radios contrairement à d'autres pays. Je pense que l'ensemble des opérateurs n'a pas envie de supporter des coûts de diffusion élevés alors que nous avons déjà un très grand nombre de radios en France.
RA : C'est vrai pour Radio France qui a 7 stations. Mais les autres opérateurs, en choisissant le T-DMB, n'ont-ils pas envie de limiter le nombre de nouveaux entrants qui conduirait à un morcellement de l'audience ? Même si pour vous c'est moins sensible, cela l'est beaucoup plus pour les groupes privés.
J.-P. C : Il faut que vous posiez cette question à M. Duroux, à M. Baudecroux ou à M. Quillot, même si je doute qu'ils vous répondent. C'est très bien de vouloir créer de nouvelles radios, mais encore une fois, une diffusion hertzienne, même en numérique, nationale cela n'est pas gratuit. Il faut des recettes publicitaires qui suivent. Je ne suis pas certain qu'en dehors des grands réseaux régionaux existants, comme Scoop ou Alouette, des radios qui ont déjà une vraie existence, et qui auront une vraie logique à étendre leur couverture avec le numérique, voir apparaître de toutes pièces de nouvelles radios avec des coûts importants, je ne suis pas sûr qu'il y ait cette si grande envie. Même si c'est sûr que Scoop ou Alouette veulent s'agrandir dans des bassins qui leur sont naturels. Mais que des radios que l'on entend sur le Net comme La Radio de Sebb aient envie de se mettre en diffusion hertzienne, cela m'étonnerait beaucoup. C'est une question de moyens et de réglementation. Il y a des quotas de chansons françaises qui me paraissent très problématiques.
RA : Parallèlement, vous continuez à développer votre offre sur Internet, qui devient de moins en moins négligeable puisque le site de Radio France fonctionne extrêmement bien. Est-ce qu'on ne peut imaginer à terme que l'audience que vous réalisez sur Internet soit intégrée à l'audience en général ?
J.-P. C : Elle l'est, dès lors que vous écoutez une radio sur Internet. Dans les sondages Médiamétrie, les questions demandent aux auditeurs s'ils ont écouté la radio sur un poste radio, en podcast, etc. Médiamétrie prend tout à fait en compte l'audience Internet. Ce qui n'est pas encore réalisé, c'est la synthèse de l'audience audio avec la consultation visuelle ou écrite des sites. C'est le projet de Médiamétrie qui vise d'ailleurs à une appréhension globale de la consommation des médias par les Français. Ce projet est programmé pour 2012. Les problèmes de moyens de synthèse, d'unicité de la mesure, les problèmes techniques et de logique ne sont pas encore complètement résolus. Mais cela ne résout pas l'intégration de ce que vous voyez sur les sites. Sur Radio France, ça se passe bien. Les rapports sont un peu près de 1 à 100. Cela double chaque année.
RA : Vous abordez donc sereinement toutes ces phases de mutation ?
J.-P. C : Oui je suis serein. Je vais suivre évidemment très attentivement l'élaboration de la loi qui viendra compenser les recettes publicitaires.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2008 · Reproduction interdite sans autorisation
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Thibault Leroi pour RadioActu
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