RFI – L’IGF préconise l’arrêt de la diffusion en ondes courtes et moyennes

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La politique audiovisuelle extérieure de la France, menée par l’AEF, holding placée sous la tutelle de trois ministères, a fait l’objet d’un rapport rédigé par l’Inspection Générale des Finances et rendu public le 7 novembre dernier. Ce rapport comporte notamment une analyse du projet de fusion – mené dans la douleur – entre France 24 et RFI, du projet de déménagement des deux entités à Issy-les-Moulineaux ainsi que la rationalisation des coûts de diffusion de RFI et Monte-Carlo Doualiya (MCD). Sur ce dernier point, l’IGF préconise l’abandon pur et simple de la diffusion en ondes courtes et moyennes des deux stations, d’ici au 31 décembre 2013, tout « en assumant la perte d’audience associée ». RFI qui est écoutée quotidiennement par 37 millions d’auditeurs à travers le monde, réalise toujours une grande partie de son audience sur les ondes courtes et moyennes. L’IGF considère pourtant ces moyens de diffusion comme « anciens, progressivement marginalisés par l’émergence d’autres modes de diffusion procurant une meilleure qualité d’écoute (FM, mobile, Internet) ». Mais l’abandon des ondes courtes par RFI ne générerait en réalité que 2 millions d’euros d’économie par an et aurait certainement un impact considérable sur l’audience mondiale de la station. En effet, ces dernières années, les multiples renégociations du contrat de diffusion ondes courtes avec TDF ont permis de faire passer les frais de diffusion en ondes courtes de 14,7 millions d’euros par an en 2007 à 11,7 millions d’euros en 2011. Pour 2012, la facture des ondes courtes devrait s’élever à 2,5 millions d’euros. En 2010, les charges de diffusion de RFI et MCD se sont élevées à 29 millions d’euros.

C’est dans cette perspective que la direction de RFI a demandé le 13 décembre dernier au Comité d’Entreprise d’entériner la suppression de 32 heures de diffusion en ondes courtes, soit le tiers de la diffusion en ondes courtes de RFI, dans le cadre du nouveau contrat conclu avec TDF qui entrera en vigueur le 1er janvier 2012. Cette réduction va concerner les émission en français vers la RDC, en portugais et en anglais vers le continent africain et en espagnol vers l’Amérique centrale et Cuba. « Les ondes courtes ont toujours été pour RFI, le coeur du réacteur, le coeur de son activité radiophonique », estiment pour leur part les syndicats, qui dénoncent « la volonté des dirigeants de RFI de mettre à mort la diffusion radio ». Concernant MCD, l’IGF préconise l’arrêt de l’émetteur ondes moyennes du cap Greco à Chypre, dont le coût d’exploitation s’élève à 3,3 millions d’euros. Selon l’IGF, des décisions similaires ont été prises par BBC World Service et la Deutsche Welle. Or, la diffusion en ondes courtes, qui permet d’atteindre des zones rurales non-couvertes par la FM, Internet ou les mobiles, permet également de contourner la censure des médias et de l’Internet ainsi que la coupure émetteurs FM et le brouillage des satellites par certains états totalitaires. Un argument balayé par l’IGF, qui estime que « les crises récentes (Égypte, Syrie, Lybie, Côte d’Ivoire) ont démontré que les internautes parviennent à contourner la censure. En sens inverse, la possibilité de brouiller l’onde courte ne peut être exclue techniquement ».

Néanmoins, l’IGF admet que l’arrêt des ondes courtes ou moyennes « entraînerait probablement une perte d’audience non-négligeable, au moins temporaire ». C’est ainsi, indique l’IGF, que l’arrêt des ondes courtes et moyennes de BBC World Service a entraîné la perte de 30 millions d’auditeurs. Par ailleurs, l’IGF préconise de « rationaliser le réseau d’émetteurs FM de RFI et MCD », qui représente 170 émetteurs répartis dans 70 pays. Entre 2011 et 2013, RFI doit mettre en service 36 nouveaux émetteurs, dont 33 en Afrique, tandis que MCD doit ouvrir 10 émetteurs FM au Maghreb et au Proche-Orient. L’IGF préconise de geler l’implantation de ces nouveaux émetteurs, pour réaliser une économie de 3,2 millions d’euros sur la période 2012-2013. L’IGF estime également qu' »une revue parc d’émetteurs existants devraient être conduite, afin d’identifier les émetteurs stratégiquement prioritaires et d’interrompre les autres ». Elle ajoute que « la diffusion sur Internet et mobile pourrait prendre le relais de la diffusion FM dans les zones concernées ».

Un point de vue que sont loin de partager les syndicats de la station. « La direction pense-t-elle sérieusement que la téléphonie mobile ou encore internet peuvent être actuellement une alternative crédible à l’onde courte compte tenu des spécificités de notre auditoire ? », s’interrogent-ils, estimant que « tous ces modes de diffusion fragilisent notre indépendance éditoriale car ils dépendent du bon vouloir des pouvoirs en place qui bâillonnent les émetteurs FM, internet ou mobiles quand l’information diffusée par RFI leur déplaît ». Les syndicats ont également dénoncé « le cynisme des dirigeants de RFI qui sacrifient sur l’autel de l’économie d’un million et demi d’euros l’existence même de notre radio sans parler de la pérennité de certains services de langues ».

D’autre part, alors que le projet de déménagement de RFI, actuellement installée à la Maison de Radio France, vers un immeuble à Issy-les-Moulineaux à proximté de France 24 a été entérinée par le conseil d’administration de RFI, l’IGF estime que ce déménagement « n’engendrera pas d’économies de loyers mais des surcoûts, et pourrait lui-même se révéler plus coûteux que prévu ». Si l’IGF explique que ce projet de déménagement « paraît pleinement cohérent », il n’en reste pas moins qu’il ne permettra pas de réaliser des économies de loyers de 900 000 euros par an, mais au contraire entraînera des surcoûts de 500 000 euros par an, et ce « contrairement aux hypothèses retenues par l’AEF dans son plan d’affaires », a indiqué l’IGF. Par ailleurs, la décision de louer un plateau supplémentaire de 1 000 m² portera ces surcoûts à 1 million d’euros par an en année pleine, a indiqué l’IGF. À l’heure actuel, le coût prévisionnel du déménagement de RFI et MCD est estimé à 24,85 millions d’euros, dont 21,5 millions d’euros pris en charge par l’État. Or, ce montant pourrait être majoré de 1 million d’euros en 2012 en raison des travaux à réaliser sur le plateau supplémentaire, et par d’éventuels surcoûts en cas de retards. Ainsi, selon l’IGF, les doubles loyers et suppléments d’honoraires en 2012 pourraient s’élever à 2,8 millions d’euros environ. Soit une facture totale d’environ 29 millions d’euros pour le seul déménagement de RFI, soit l’équivalent de plus de 11 années de diffusion en ondes courtes…


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